Vivre à Plouguerneau au XVIIIe Sciècle

dimanche 10 février 2013
par  Jean-Pierre
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VIVRE A PLOUGUERNEAU AU XVIIIe Sciècle


Cet article est tiré, en partie, du livre de Jean-Pierre Hirrien :
« Plouguerneau, Vie et mort du paysan léonard dans la seconde moitié du XVIIIe siècle », 2002.


Le cadre de vie institutionnel

Au XVIIIe siècle, le cadre institutionnel dans lequel évolue quotidiennement les Plouguernéens est différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Les hommes et femmes dépendent évidemment de la cellule familiale à laquelle ils appartiennent (la plupart du temps une famille élargie), mais également de diverses structures mises en place au fil du temps par la monarchie, le clergé et la noblesse. Ainsi, nos ancêtres ne sont aucunement des sujets isolés dans leur vie de tous les jours. La volonté centralisatrice des rois de France a abouti à découper le territoire en divers échelons dans lesquels s’insèrent les Plouguernéens : la paroisse (Plouguerneau et Tréménac’h), la subdélégation et la sénéchaussée de Lesneven. La religion catholique, profondément ancrée dans les campagnes léonardes et en Bretagne, assume également un rôle primordial dans le suivi des habitants, en utilisant les services d’un clergé étoffé au sein de la paroisse dépendante de l’évêché de Léon. Enfin, les hommes du roi et ceux des seigneurs complètent les personnages avec lesquels les habitants, surtout des paysans, peuvent avoir des contacts par intermittence.

Les Plouguernéens vivent avant tout dans le cadre de leur paroisse.

Équivalente à la commune en tant que circonscription de base française sous l’Ancien Régime, elle s’en distingue au niveau des individus qui l’administrent. Deux volets sont à prendre en considération : l’un est religieux et le second temporel. Une équipe d’ecclésiastiques (cinq à six), dirigée par un recteur, intervient tout naturellement dans les questions religieuses (lors des offices et par l’octroi des sacrements), l’enseignement, mais également dans la tenue obligatoire des registres des baptêmes, des mariages et des sépultures (les B.M.S.). Les principaux événements qui ponctuent la vie du paroissien sont ainsi notés par les prêtres qui assurent le travail relatif à l’état civil. Tout au long de leur existence les paroissiens côtoient ces religieux, mais ils contribuent également à leur éducation religieuse (par le catéchisme et les missions*), à leur instruction (à l’école) et à entretenir leur ferveur (lors des pardons). De plus, les affaires temporelles s’y règlent. Les annonces officielles du roi ou de ses représentants ainsi que les règlements de la vie paroissiale sont proclamées, au prône*, lors de la grand-messe et certaines questions d’argent se règlent dans les limites de la paroisse. Elle sert au recouvrement des impôts directs des habitants par les égailleurs*, et la fabrique* se doit d’assurer la gestion de ses biens propres (les terres et les biens immobiliers souvent issus de donations des fidèles). Mais la paroisse n’est pas seulement un territoire où l’on paye ses impôts et où l’on pratique sa religion. Elle est bien plus : elle représente une terre à laquelle ses habitants sont viscéralement rattachés. Et ce d’autant plus que Plouguerneau et Tréménac’h sont deux entités fortement isolées par la barrière naturelle de l’Aber-Wrac’h et des communications médiocres avec les zones géographiques environnantes. Vivre à Plouguerneau signifie être fier de ses monuments : église, clocher, multiples chapelles, de son marché et de ses foires, courus par les paroissiens des alentours, de ses fêtes religieuses, de ses processions votives. Cet « esprit de clocher » aboutit à diverses rivalités entre paroisses : moqueries, sarcasmes, surnoms, compétitions musclées lors des tournois de lutte ou du jeu de la soule.


Le jeu de la soule : deux équipes de deux paroisses rivales se disputent un ballon de cuir rempli de son ou de foin. Chaque camp s’efforce de l’amener sur son territoire. O. Perrin


Le salut des bannières  : au XVIIIe siècle Plouguerneau dispose des bannières de Saint Pierre et de Saint Paul, des reliquaires sur brancards de Saint Pierre, Saint Paul, Saint Quénan, Saint Antoine ; en outre les statues des petits saints existeraient depuis 1643. Olivier Perrin illustre avec humour la rivalité des paroisses dans le salut des bannières. « Lorsque deux processions se rencontraient dans nos chemins creux et étroits où il fallait que l’un reculât pour que l’autre pût avancer, chaque paroisse exigeait pour son pardon les honneurs de la préséance. Les curés, pour mettre un terme à ces luttes déplorables, feignirent entre les saints prétendus rivaux, des réconciliations qu’ils invitèrent leurs paroissiens à imiter, et si deux bannières se rencontraient, ils les faisaient s’embrasser en signe de paix et d’amitié ».

A Plouguerneau des processions votives se déroulent lors de l’Ascension, le dimanche qui suit cette fête et le lundi de Pentecôte. Les pardons de Saint-Michel ont lieu le premier dimanche de juillet et le dernier de septembre.


D’autres chicanes entre paroisses voisines ont parfois comme origine l’accès à la ressource goémonière et préfigurent, au XIXe siècle, l’affaire de la sécherie (au Vougot) qui oppose Plouguerneau à Guissény (1822-1884). Notons que cet esprit de clocher est toujours bien réel de nos jours, lors des rencontres sportives, en particulier footballistiques. Les matchs entre Plouguerneau et Lannilis ou Plouvien, drainent immanquablement des flots de spectateurs que l’on ne retrouve pas lors des autres confrontations.


  • Mission : temps fort religieux portant sur plusieurs jours et auquel participent de nombreux paroissiens, sous la houlette d’une équipe de religieux.
  • Prône : ensemble des annonces que le prêtre fait au cours ou à la fin de la messe paroissiale principale : bans, mariages, messes ... sans oublier les adresses du roi ou de ses représentants. Aujourd’hui, certains Plouguernéens désignent le bulletin municipal sous le vocable de « prône ».
  • Fabrique (la) : ensemble des biens d’une paroisse (le temporel), mais ne sont pas ceux du curé. C’est également l’organisme chargé de les gérer. Certaines fabriques sont riches des biens accumulés aux siècles précédents (exploitations agricoles, terres, rentes) à partir de donations ou fondations. Le procureur terrien ou gouverneur s’occupe du temporel et le fabrique est chargé des ornements sacrés, du mobilier de l’église, des affaires du roi. Ce sont des notables.
  • Egailleurs : répartiteur des impôts directs à l’intérieur de la paroisse (capitation, vingtième, fouages*). Ils sont nommés par le Général. Ils récoltent les impôts par quartiers ou sections (ou encore les cordelées, de L’Armorique, Trémeur, Gorréploué…). En 1738, ils reçoivent trois deniers par livre collectée.
  • Général : ensemble des chefs de famille réunis d’une paroisse. Le corps politique (12 membres ou délibérants) l’a progressivement supplanté au XVIIIe siècle. Ce sont des paysans aisés ou des bourgeois.
  • Fouages : équivalents de la taille en Bretagne qui frappent les possesseurs roturiers de biens roturiers.

Au religieux, Plouguerneau et Tréménac’h dépendent également de l’évêque de Saint-Pol-de-Léon qui administre l’évêché de Léon. Le plus connu d’entre eux est Monseigneur de La Marche qui exerce son ministère de 1772 à 1790. Il s’intéresse aux soins des âmes, à l’administration de son évêché. Il inspecte les églises, les registres des B.M.S., les comptes de fabrique. Il procède à des tournées pastorales à Plouguerneau en juillet 1773, en 1775 et en 1778. En général, il prévient le recteur quinze jours avant son déplacement. Les paroissiens et les administrateurs sont conscients de l’importance de l’événement : en 1778 il est décidé « que le retable* et les images de St Pierre et de St Paul seront redorées par le corps politique* qui nomme les examinateurs des comptes en vue de sa visite ».

L’évêque est accompagné de quelques domestiques et parfois du vicaire général* De Kéroulas, qui signe les registres en 1773, 1774, 1779, 1783. Les visites sont facturées aux paroisses : en 1723-26, à Tréménac’h, 18 livres pour les générales et 16 livres pour les archidiaconales. Le picotin* des chevaux est, lui-même, à la charge des paroissiens !

Ces déplacements parfois ont été précédés par l’archidiacre* Roussel que l’on retrouve à Plouguerneau à plusieurs reprises pour des visites préliminaires.

Toutes ces visites constituent des événements pour les Plouguernéens qui se massent sur le trajet de ces personnalités respectées et ont le sentiment qu’une relative proximité s’établit avec le haut clergé.


  • Retable : construction décorée en pierre ou en bois, contre laquelle s’appuie l’autel d’une église ou qui le surmonte.
  • Corps politique : assemblée paroissiale de 12 membres, chargée d’administrer les affaires religieuses et profanes de la communauté paroissiale.
  • Vicaire général : prêtre qui assiste l’évêque dans l’administration diocésaine.
  • Archidiacre : ecclésiastique responsable de l’administration d’un archidiaconé, ou partie d’un diocèse, sous l’autorité de l’évêque.
  • Picotin : avoine pour cheval.

Au Civil, les paroisses de Plouguerneau et de Tréménac’h se rattachent à la subdélégation de Lesneven, subdivision administrative de la sénéchaussée, et simple échelon de renseignements administratifs et économiques. Elle est dirigée par un administrateur : le subdélégué, nommé par l’intendant* de Bretagne. Pour la majorité des paroissiens cet échelon administratif est lointain et quasiment inconnu.

  • Intendant : agent nommé par le roi. Ses pouvoirs sont limités par le Parlement de Rennes et les États de Bretagne.

Au niveau judiciaire, Plouguerneau et Tréménac’h sont du ressort de la sénéchaussée de Lesneven, circonscription administrative et judiciaire royale.


En 1789 le sénéchal* Nicolas Jacques Cosson de Kervodiès en assure la direction. Sa fonction est surtout honorifique, la réalité du pouvoir étant détenue par un lieutenant général, assisté d’un lieutenant civil et d’un procureur du roi.

La sénéchaussée juge en première instance toutes les causes concernant les justiciables domiciliés sur le domaine royal et en appel les causes venues des justices seigneuriales de son ressort. Elle est également une circonscription électorale, pour les états généraux*, et un cadre fiscal.

Les paroissiens s’adressent à la sénéchaussée pour les tutelles*, les curatelles*, les scellés, les inventaires après décès. C’est-à-dire fréquemment car l’espérance de vie est faible et les orphelins nombreux.

Ce personnel qui en a la charge est souvent honnis, moins les huissiers et les sergents que les greffiers dont les attributions sont plus étendues que leurs successeurs actuels. Outre, la conservation des documents, ils se rendent, imbus de leurs personnes et de morgue, dans les demeures où se trouve une personne décédée, sans héritier direct ou laissant après elle des mineurs, pour assurer l’inventaire de ses biens. L’inventaire après décès comprend un recensement des objets, des meubles, des vêtements, des animaux, des vivres, des terres, des cultures, des outils… et leurs évaluations. L’inventaire peut être suivi d’un partage entre les héritiers et/ou d’une vente. Les greffiers touchent des vacations que les justiciables dénoncent comme injustifiées et rallongées exagérément au détriment des mineurs.

  • Sénéchal : juge et administrateur à la tête d’une sénéchaussée. Circonscription judiciaire de base. On trouve des sénéchaux, également dans les juridictions seigneuriales de Coatquenan, du Châtel...
  • Tutelle : charge consistant à prendre soin des biens et de la personne d’un mineur. La pratique est courante à l’époque car la mort des parents intervient de bonne heure et l’âge de la majorité est plus élevé (25 ans). La justice doit veiller à la nomination de tuteurs, choisis et contrôlés par un conseil de famille, les comparants de tutelle, qui peuvent prendre en charge les mineurs.
  • Curatelles : fonction d’assistance des mineurs émancipés, dans l’administration de leurs biens.
  • Etats généraux : assemblée des représentants des trois ordres (clergé, noblesse, tiers état) convoquée, très rarement, par le roi quand la situation du pays l’exige. Les dernières réunions eurent lieu en 1614 et 1789. En clair, les Bretons ne votent pas pour élire de représentants du tiers état durant près de deux siècles, ni ne participent en rien à la vie politique du pays. La minorité représentative du tiers état des villes (et non des campagnes) ne peut faire entendre sa voix au monarque qu’aux Etats de Bretagne à Rennes.

Toujours au judiciaire, les paroissiens sont soumis aux juridictions seigneuriales : de Carman, du Châtel à Lannilis, de Coatquénan et de Penmarc’h. Car, selon la coutume de Bretagne : « Nul ne peut tenir terre en Bretagne sans seigneur (noble ou roturier, individu ou collectivité) », même quand le paysan léonard possède son exploitation.

Les registres des B.M.S. et les inventaires après décès mentionnent régulièrement le personnel qui s’y rattache : procureurs fiscaux*, notaires. Ils défendent les intérêts du public ou de la seigneurie (droits de succession, banalités dont celle contestée du moulin…). Ils peuvent délivrer des dispenses lors des mariages impliquant un mineur et se transporter sur les lieux où des décès suspects sont constatés et faire les rapports qui s’imposent.


Les paroissiens ont le plus souvent affaire au personnel subalterne, comme les huissiers et les sergents, qui jouent le rôle d’appariteurs lors des audiences et portent aux justiciables des papiers telles les notifications d’actes (ou significations), ou encore les citations à comparaître (ou assignations).

Procureur (fiscal dans les justices seigneuriales, il existe un procureur du roi également) : officier représentant le ministère public, dans un tribunal, chargé de défendre les intérêts du public, ceux de la seigneurie ou du roi.

La situation géographique des deux paroisses de Plouguerneau et de Tréménac’h en bordure de mer est certainement avantageuse à divers titres : douceur climatique, engrais marins pour amender la terre (le goémon ou le sable), pêche, cabotage…

Pourtant, vivre sur le littoral constitue pour les riverains des tracasseries qui peuvent parfois virer au cauchemar.

Par la présence de la mer le Plouguernéen devra affronter les hommes d’institutions qu’ignorent les paroissiens de l’intérieur de la province bretonne et du royaume de France : à savoir ceux de l’Amirauté, de la Ferme, de la milice garde-côtes et du système des classes.

Les officiers de l’Amirauté de Léon couvrent le littoral léonard et s’occupent de tout ce qui concerne la vie maritime : naufrages et bris, cabotage, pêche…

Le siège de l’Amirauté se localise dans la lointaine ville de Brest, mais dans les ports secondaires ou obliques tels le Korejou ou l’Aber-Wrac’h, des commis, des receveurs des droits, des greffiers, font appliquer les règlements de l’Amirauté. Personnages douteux, tel le sieur La Bougognière qui officie à l’Aber-Wrac’h, ils perçoivent quelques deniers ou quelques sols pour les congés qu’ils délivrent ou pour les droits d’ancrage des caboteurs ou des navires de pêche. Le défaut de probité de ces agents de la monarchie, la multitude de taxes , aux montants, certes assez faibles, pour exercer leur profession ne pouvaient qu’exacerber les rapports entre les hommes de la mer et le personnel subalterne de l’Amirauté.

La ferme est une autre organisation dont le but est de maintenir le monopole de la vente de certains produits au profit de la monarchie et en particulier du tabac. Elle traque les contrebandiers et les fraudeurs de tout poil. A Plouguerneau les B.M.S. nous dévoile les noms de quelques employés de la Ferme pour le tabac : Faucon Dumont, son beau-fils Jean-François Colin, les deux commis Julien Visseau et Jacques-Marie Quéré. En général, les agents de la Ferme sont une demi-douzaine et patrouillent sur le littoral, à cheval, à pied ou en patache (bateau), pour empêcher la contrebande du tabac, mais également des alcools. Il paraît que les hommes de la ferme, recrutés habituellement à l’extérieur de la Bretagne, élisent domicile à Kérizoc, lieu idéal pour couvrir l’horizon marin, tels Louis gilet, en 1772, Jacques Quéré, en 1787. Les hommes de la Ferme ont mauvaise réputation. Les rencontrer équivaut à vexations, tracasseries, sous-entendus, fouilles intempestives, exactions.

Jusqu’à présent les paroissiens de Plouguerneau subissent un certain nombre de contraintes dans le cadre des institutions d’Ancien Régime qui les affectent surtout financièrement, moralement et parfois pénalement. Les rapports avec l’Église sont pour l’essentiel consentis ou sans incidences fâcheuses pour leur quotidien.

Par contre les hommes du littoral sont soumis à deux obligations contraignantes que ne connaissent pas les terriens du royaume : la milice garde-côtes et le système des classes. A ce niveau on peut parler d’inégalité de traitement pour les sujets du royaume et bien entendu de rancœurs pour ceux qui doivent répondre présents lors de ces levées. Les habitants des paroisses situées à moins de deux lieues du rivage (environ huit kilomètres) sont soumis à la milice garde-côtes.

Les riverains, paysans ou marins non retenus par le système des classes, âgés de 18 à 60 ans, tirés au sort, doivent servir comme canonniers dans les batteries du littoral ou assurent le guet (lors des guerres). En principe, ils demeurent sur place, dans leur paroisse, pour surveiller et défendre les côtes. Ils sont encadrés par des petits nobles ou des notables locaux : le sieur de Brescanvel, Charles-René de Kervern de Kersulec, le notaire royal François Cabon. Les miliciens de Plouguerneau (50 hommes) sont liés à la capitainerie de Lesneven (500 hommes).


Les hommes recensés participent à des revues en temps de paix avec maniement des armes (s’il y en a !).


La durée du service théorique est de cinq ans pour les célibataires de 18 à 45 ans, puis, ils font office de guetteurs, ce qui est moins astreignant Dans l’ensemble les paysans sont récalcitrants à ces contraintes qu’ils trouvent inutiles et ennuyeuses. Les populations haïssent cette milice garde-côtes qui ne s’adresse qu’à certains et qui est inégalitaire. La solde est ridicule, la nourriture médiocre, le temps bien long alors que les travaux des champs attendent les bras. En 1789, de nombreux cahiers de doléances léonards critiquent ce système.

Enfin, il est une institution qui implique beaucoup plus durablement les gens de la mer : le système des classes. Les hommes, de 18 à 50 ans, travaillant dans le secteur maritime (pêcheurs, marins du cabotage, calfats, menuisiers charpentiers) sont réquisitionnés dans la Royale en temps de paix, mais surtout en temps de guerre (depuis 1668-89). Recensés par le syndic, ils œuvrent sur les vaisseaux du roi ou dans les arsenaux du royaume.

A nouveau, ce sont les hommes des paroisses des paroisses littorales, jusqu’à 12-16 kilomètres à l’intérieur des terres, qui sont concernés par cette astreinte. Le Plouguernéen dépend d’un quartier dirigé par un commissaire des classes. Mais sur le terrain, il aura affaire au syndic des gens de mer. Les hommes sont recensés dans des registres pour les officiers mariniers, les matelots, les novices, les mousses, les pilotes et les ouvriers.

Les besoins de la Royale en tant de paix sont allégés, ce qui permet aux hommes de n’être mobilisés qu’une année sur quatre. Mais lors des guerres, les levées sont massives et durables. De 1689 à 1693, l’escadre de Brest nécessite 4000 hommes à chaque printemps. La ponction de marins et d’ouvriers se fait au détriment des activités civiles et des familles qui se trouvent dans la gêne quand le départ du mari/père s’éternise.


Heureusement l’administration royale verse le « mois des familles » (deux mois de solde) comme avance pour dédommager l’épouse et les enfants qui risquerait de connaître le dénuement sans cet apport financier. Les Plouguernéens sont le plus fréquemment affectés à Brest.

Lorsqu’il est mobilisé tous les quatre ans, l’homme de la mer n’est pas forcément réquisitionné, mais il ne peut travailler dans le civil, ce qui veut dire que son année est neutralisée. Cependant, on lui octroie une demi solde (la solde entière est de 12 à 15 livres sous Louis XIV et de 16 à 21 livres sous Louis XVI, selon le grade).

Départ du marin pour la Royale

L’administration royale est consciente des désagréments qu’elle provoque, aussi tente-t-elle de faire oublier les retards de paiement des soldes, les accidents, les maladies, les morts et les estropiés lors des combats (15 à 30%), par des dispositions qui adoucissent les méfaits du système. Le marin reçoit quelques livres d’indemnités pour rejoindre son lieu d’affectation, et surtout est inscrit à la caisse des Invalides. Celle-ci subvient aux besoins des blessés, lui attribue une pension ainsi qu’aux veuves. De plus, deux campagnes sur les vaisseaux du roi ouvrent l’accès à la maîtrise du cabotage. Ce qui n’est pas négligeable.

Le Plouguernéen, qu’il soit paysan ou homme de la mer, subit dans son quotidien l’emprise de la monarchie française et des deux ordres privilégiés que sont le clergé et la noblesse. Cependant, s’il supporte péniblement les levées de la Royale et les contraintes de la milice, le poids du clergé sur ses épaules est consenti par sa foi indéfectible. En outre, le respect de la coutume de Bretagne fait qu’il paye moitié moins d’impôts (11 livres 9 deniers) que son frère français, et que la gabelle est inconnue en Bretagne. D’autres allègements le consolent dans son quotidien : le droit de banalité du moulin est moindre (1/16e) tout comme la dîme due à l’Église (ici à la 36e gerbe). Pour autant, ce qui l’insupporte c’est l’attitude vexatoire et la morgue de certains agents au service des institutions qui l’encadrent. Les cahiers de doléances s’en font largement l’écho en 1789.

Sources :

F. Roudaut  :
  • 1774 : les recteurs léonard parlent de la misère (Société Archéologique du Finistère, 1988).
  • Les cahiers de doléances de la sénéchaussée de Lesneven (CRBC, 1990)

Perrin Olivier :

  • La Galerie Bretonne ! ( JP Gyss éditeur, 2001)

Version 1 : 10 Février 2013


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