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5.1 - Alexis Baoudour

mercredi 27 août 2014, par André Nicolas

[bleu]ALEXIS BAOUDOUR[/bleu]

Né le : 12 octobre 1887 - Décédé le : 6 septembre 1916
Sous-lieutenant au 219è RI
Mort pour la France

Le 10 septembre 1916, avant de lever la séance du conseil municipal, Yves Abjean maire de Plouguerneau, prononce l’éloge funèbre du sous-lieutenant Baoudour, secrétaire de la mairie depuis le 1er mars 1911, qui vient de mourir au champ d’honneur dans la Somme le 6 septembre précédent.


Un mois avant ses 29 ans, Alexis Baoudour rejoignait dans l’au-delà les centaines de ses camarades du 219ème régiment d’infanterie, le régiment de réservistes du 19ème RI (Régiment d’Infanterie) de Brest, tués à l’ennemi, disparus ou morts de leurs blessures depuis le 5 août 1914, jour où ses deux bataillons avaient quitté Brest pour le camp retranché de Paris, puis la bataille de la Marne, les tranchées de l’Aisne et de la Somme.


[bleu]1 – L’enfance et l’adolescence[/bleu]

Alexis Baoudour est né au Derbez le 12 octobre 1887. Mariés à Plouguerneau le 21 octobre 1880, François, son père, et Marie Le Borgne, sa mère, sont cultivateurs. Alexis fut le benjamin de la famille, après ses deux sœurs, Alexine et Jeanne.


Marie Le Borgne mourut prématurément le 30 janvier 1889 au Derbez, comme sa fille Jeanne en 1896 âgée de onze ans.

En 1901, Alexis a quitté la ferme familiale, où vivent son père, sa sœur Alexine et un domestique, Jacques Laurent. On peut penser qu’il est absent parce qu’il suit quelques études.

En 1906, il est revenu au Derbez et l’agent recenseur le classe comme cultivateur.


[bleu]2 – La jeunesse et l’avant-guerre[/bleu]

Le 7 octobe 1908, il est incorporé au 124ème régiment d’infanterie stationné à Laval, pour un service militaire qui durait deux ans à l’époque. Il est soldat de 2ème classe mais passe caporal rapidement le 10 avril 1909, peu de temps après la fin de sa période d’instruction.

Il est promu sergent le 25 septembre de la même année, probablement parce que ses qualités lui ont permis de suivre le peloton des élèves sous-officiers.

Un an plus tard, il est envoyé en congé le 25 septembre 1910 et se retire dans la ferme familiale du Derbez. Sa fiche matriculaire signale que le « Certificat de bonne conduite » lui fut accordé par son régiment, comme il l’était d’ailleurs pour l’énorme majorité des hommes libérés du service militaire dans l’active.

Selon le dénombrement de population de 1911, il est toujours cultivateur comme en 1906. L’opération avait été réalisée en début d’année car le 1er mars, il prend ses fonctions comme secrétaire de la mairie de Plouguerneau.

Quatre mois plus tard, le 4 juillet, il épouse à Plouguerneau Donatienne Roudaut âgée de vingt ans, née à Tréguestan, demeurant chez ses parents Hervé et Anne-Marie Cabon cultivateurs à Croas-Quénan. Ils auront une fille.


[bleu]3 – La guerre[/bleu]

Mais après les crises à répétitions dues aux nationalismes en Europe et à d’autres facteurs comme les rivalités coloniales et les ambitions de certains autocrates, la Grande Guerre éclate entre la plupart des grandes puissances européennes durant l’été 1914.

En France, la mobilisation générale est décrétée le 1er août.

Depuis son passage dans la réserve de l’armée active le 25 septembre 1909, Alexis Baoudour est affecté au régiment de Brest, le 19ème RI, où il avait effectué une période d’entrainement du 29 août au 20 septembre 1912.

Il rejoint son corps dès le 2 août 1914 et est versé dans le régiment de réserve, le 219ème RI, dont les deux bataillons quittent Brest en train trois jours plus tard pour le camp retranché de Paris où ils cantonnent à Drancy et Blanc-Mesnil à partir du 7 août.

Après quelques journées d’exercices, et sans doute de reprise en main des réservistes, le régiment est envoyé vers Arras (Pas-de-Calais) et subit son baptême du feu durant les combats de Sailly-Saillisel et de Bapaume le 27 août 1914. Suivant son JMO (Journal de marches et d’opérations), ils lui coûtent 14 tués, une centaine de blessés et 140 disparus, ce seul jour, à cause d’un totale absence de l’artillerie française.

Du 7 au 9 septembre 1914, le 219ème RI se bat durant la bataille dite de la Marne, vers Nanteuil-le-Haudouin.
Après son retour d’Arras et sa réorganisation à Pontoise, il a pris le train pour cette petite ville située à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Paris. Les combats sont acharnés ; certaines compagnies chargent jusqu’à trois fois à la baïonnette. Le régiment laisse encore sur le terrain 11 tués, 144 blessés et 80 disparus, mais les Allemands sont arrêtés et battent en retraite de la Marne vers l’Aisne.

Le 219ème RI participe à la poursuite de l’ennemi et passe l’Aisne à Jaulzy. On marche et on combat sur le plateau de Bitry, à Moulin-sous-Touvent, à Autrêches et à Berry. Des centaines de ses soldats restent encore sur le terrain.

Après le combat de Berry, des distinctions sont accordées à certains hommes pour leur conduite au feu ; parmi eux, le sergent Baoudour qui est cité à l’ordre du régiment.

Pour l’unité bretonne, le front se stabilise vers Moulin-sous-Touvent au début d’octobre 1914. Les hommes y resteront de longs mois à creuser des tranchées et des boyaux, malgré les pertes qui, sans atteindre l’ampleur de celles des combats d’août et de septembre sont quasi-quotidiennes.

La guerre de mouvement est terminée ; celle des tranchées commence. Elle durera près de quatre ans.

Durant toute l’année 1915, le 219ème RI occupe les tranchées vers la forêt de Laigue, principalement dans le secteur de Moulin-sous-Touvent situé dans l’Oise, aux confins de l’Aisne. Le 23 mai, le sergent Alexis Baoudour y devient adjudant à la 17ème compagnie.

Après diverses affectations, le régiment est stationné à Harbonnières (Somme) à la fin du 1er semestre de 1916 pour participer à l’offensive de juillet qui se termine au bout de quelques jours. Le JMO se félicite des résultats : 295 prisonniers allemands capturés, des canons et des mitrailleuses saisis.
Mais en deux jours le 219ème RI a perdu 67 tués, 318 blessés et 11 disparus !

Sans doute grâce à sa conduite au feu, l’adjudant de réserve Baoudour de la 17ème compagnie est nommé sous-lieutenant par décision du général commandant en chef en date du 17 juillet 1916.

Suite à cette promotion, il est affecté à la 23ème Cie (Compagnie) de son régiment qui occupe à partir des premiers jours d’août les tranchées situées dans le bois de Soyécourt, à une dizaine de kilomètres au nord-est de Harbonnières.


Dans la nuit du 13 au 14 août, puis la soirée suivante, une attaque à la grenade est entreprise pour progresser dans la ligne allemande. Les résultats sont faibles. Dans la nuit du 15 au 16, le régiment part au repos à Vanvilliers pour remonter en ligne le 27 août dans les mêmes tranchées des bois de Soyécourt et du Satyre situés à quelques centaines de mètres du village de Deniécourt.

Le 21 août 1916, le sous-lieutenant Baoudour est cité à l’ordre de la 122ème brigade d’infanterie.


Le 31 août, une tentative pour prendre des tranchées allemandes échoue. Après une intense préparation d’artillerie, l’opération est relancée entre le 4 et le 7 septembre. Elle réussit partiellement, mais le 6 septembre, le JMO du 219ème RI fait état de violents bombardements allemands à partir de 09h55.

Il est probable que le sous-lieutenant Baoudour en fut victime, comme plusieurs soldats de sa 15ème Cie, où il avait été muté le 1er septembre.


Le régiment fut relevé dans la nuit du 7 au 8 septembre puis, après quelques jours de repos, envoyé par chemin de fer à Bonneuil-en-Valois situé à 80 km, dans les environs de Villers-Cotterets. L’acte de décès d’Alexis Baoudour fut dressé dans cette localité le 17.

Après une période de repos et d’instruction de la troupe, le 27 septembre, le 219ème retrouve d’autres tranchées dans le secteur de Fontenoy, considéré comme étant plus calme que le précédent par l’état-major. Pour lui la guerre continue !


[bleu]4 – Epilogue[/bleu]

Le lieu où fut inhumé Alexis Baoudour ne semble pas être officiellement connu. Est-il à Soyécourt ou à Deniécourt dans l’Oise ?

Il fut peut-être aussi enseveli par la terre projetée par l’obus de gros calbre qui détruisit sa tranchée, ou ses ossements furent-ils placés après la guerre dans une tombe commune d’une des nombreuses nécropoles nationales des département de l’Oise ou de l’Aisne ?

A moins d’un prétendu miracle, sa tombe restera inconnue.

Donatienne Roudaut, sa veuve, est décédée à Morlaix le 12 mars 1960, selon une mention marginale apposée sur son acte de naissance.


[bleu]Sources[/bleu]

. Archives de la mairie de Plouguerneau
. Archives départementales du Finistère (sous-séries 6 M et 1R)
. http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
. Google Earth