Les Métiers de la Mer à Plouguerneau entre 1836 et 1911

Séchage du goémon sur la dune du Koréjou

La Commune de Plouguerneau

Au bord de la Manche, Plouguerneau est bordée par quarante-cinq kilomètres d’une côte escarpée et parfois dangereuse à la navigation.

Carte de Plouguerneau en 1851
Carte de Plouguerneau en 1851

A Plouguerneau, comme souvent dans les communes côtières du Léon, la campagne se compose d’une zone « Arvor » et d’une zone « Ménez ».

Pour Plouguerneau, l’Arvor couvre une bande de 1 à 2 km le long la côte et le Ménez l’intérieur de la commune, le bourg étant le lien entre ces deux zones.

La mer est donc très présente à Plouguerneau et les habitations de la commune, aujourd’hui, se trouvent principalement dans la partie « Arvor ».

Cette population, aujourd’hui, travaille peu avec la mer. Il reste quelques pêcheurs, quelques mareyeurs et autres professionnels (goémoniers, industriels des algues, …).

Mais qui étaient les habitants du bord de mer il y a cent ou deux cent ans et que faisaient-ils ? Et aussi comment et pourquoi les métiers du bord de mer ont évolué pendant cette période ?

C’est à ces questions que cherche à répondre cet article à partir des recensements de la commune entre 1836 et 1911.

Les métiers en relation avec la mer entre 1836 et 1911

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Ce tableau est la reprise des données des recensements qui avaient lieu, normalement, tous les 5 ans (exception de 1871 qui fut fait en 1872).

Leurs valeurs de ces recensements dépendent du travail de la personne ou des personnes ayant effectués ces derniers.

La lecture des documents étant en certaines occasions difficiles, il faut surtout retenir une notion de valeur plutôt que les valeurs exactes des données de ce tableau.

Ils dépendent aussi de la notion du métier principal déclaré par le père de famille, un seul métier étant indiqué sur les registres à l’exception de « Cultivateur-Goémonier ».

Autre particularité : seules étaient prises en compte les habitants résidant sur la commune. Les soldats, les marins d’états, les marins de commerces, … n’étaient pas recensés même si leur habitation principale se trouvait à Plouguerneau où habitaient, par ailleurs, leurs femmes et leurs enfants.

Les métiers déclarés évoluaient. Par exemple ARZUR Joseph est Cultivateur en 1861, Pêcheur à Kergleuz en 1891 et Goémonier à Thévezan Vraz en 1901.

Certains métiers pouvaient n’être que partiellement en relation avec la mer. C’est le cas des métiers du bois. On ne peut savoir si un charpentier ou menuisier était en relation avec le milieu marin sauf pour les constructeurs de bateaux.

Autres exemples d’évolution, on retrouve les mêmes habitants déclarés constructeurs de bateaux sur certains recensements et charpentiers pour d’autres.

A la lecture de ce tableau, plusieurs constatations rapides :

L’évolution entre 1841 (moins de 5 habitants en relation avec la mer) et 1861 (plus de 100 habitants en relation avec la mer) La notion de métier de goémonier n’apparaît qu’en 1861 La métier de pêcheur ne devient important qu’à partir de 1846 et plus encore en 1851 La présence d’un nombre important de douaniers mais en forte diminution à partir de 1866 La diminution du nombre de pêcheurs de 1856 à 1881 inversement à l’augmentation du nombre de goémoniers La fluctuation de nombre de personnes travaillant le goémon : de 199 à 80 de 1876 à 1881, de 65 à 189 de 1891 à 1901, 189 à 18 de 1901 à 1911

Les goémoniers

Séchage du goémon sur la dune du Koréjou
Séchage du goémon sur la dune du Koréjou

Le goémon

Dès le Moyen Âge, le goémon fut utilisé comme engrais, combustible, litière pour les hommes et les animaux. Très réglementée, cette « moisson de la mer » (de janvier à juin) était interdite après le coucher du soleil et les fraudes éventuelles étaient traquées par des garde-goémoniers. De plus, les algues, encore vives, fixées aux rochers, ne devaient pas être arrachées mais dûment coupées, à l’aide d’une petite faucille appelée « guillotine ».

Au XIXème siècle, Emile Souvestre décrit le pénible et périlleux ramassage de ce précieux « pain de mer », en breton « bara mor » :

Cette récolte, qui offre un des spectacles les plus curieux que l’on puisse imaginer, a lieu à des époques fixes.

Au jour convenu, on voit les populations entières accourir vers le rivage avec tous les moyens de transport qu’elles on pu se procurer, chevaux, vaches, chiens, tous les animaux sont employés, tous les instruments sont mis en réquisition.

On trouve au rendez-vous les femmes, les enfants, les vieillards ; personne ne reste au logis ce jour-là ; on dirait la récolte d’une manne céleste.

Les réunions ainsi formées s’élèvent, dans certaines baies, à dix-mille personnes et plus.

Chacun s’occupe de recueillir la plus grande quantité possible de goémon pour en former un monceau sur le rivage. Mais il arrive nécessairement que, dans ce pillage régulier, les plus riches fermiers qui disposent de nombreux attelages et de beaucoup de bras seraient toujours les mieux partagés, si, pour obvier à cet inconvénient, les prêtres n’avaient établi une coutume aussi touchante qu’ingénieuse, c’est de n’admettre le premier jour, à la récolte du varech, que les habitants nécessiteux de la paroisse.

Ceux-ci empruntent à leurs voisins des charrettes et des chevaux et parviennent ainsi à faire une bonne récolte.

C’est par suite de cet usage que le premier jour de la coupe du goémon s’appelle « jour des pauvres ».

Le recteur vient à la grève dès le matin, et si un riche se présente pour récolter : « Laissez les pauvres gens ramasser leur pain », dit le prêtre ; et le riche se retire.

Le goémon au XVIIIème siècle

Les algues constituent une richesse que les riverains ont exploitée dans les temps anciens. Recueilli à des fins exclusivement agricoles sous l’Ancien Régime, le goémon trouve de nouveaux débouchés aux XIXème et XXème siècles au point que le Pays Pagan s’est souvent identifié à cette activité. Cette place privilégiée du goémon sur la côte est à mettre en relation avec la présence d’une riche plate-forme large de un à cinq kilomètres portant d’immenses champs d’algues.

Au XVIIIème siècle, les populations littorales, trop souvent dans la gêne ou la misère, voient dans les algues un apport inestimable pour amender leurs terres, voire un complément de ressource quand ils vendent une partie de leur récolte.

Les inventaires après décès, pour Plouguerneau et pour cette époque, trouvent 31% d’inventaires liés au varech et seulement 7 inventaires parlant de possession de bateaux.

Les inscrits maritimes pour les années 1816-1826 laissent apparaître une nette augmentation du nombre de bateaux s’adonnant à la récolte du varech. Et même si la distinction entre pêcheur de goémon et pêche n’est pas établie, il est clair qu’avec une quarantaine d’unités (et peut-être plus) la flotte goémonière s’est largement étoffée avec pour Plouguerneau une quinzaine d’embarcations.

Le goémon au XIXème et XXème siècles

Au XVIIIème siècle, le goémon est récolté à des fins exclusivement agricoles. Les deux siècles suivants enregistrent à ce niveau une rupture, car la destination du produit n’est plus uniquement vouée à amender les terres.

Au début du XIXème siècle (en 1812), le chimiste Courtois découvre, à partir des algues, une nouvelle substance : l’iode. Après des recherches complémentaires sur les possibilités d’utilisation de ce produit, quelques hommes entreprenants décident de se lancer dans l’aventure industrielle de l’iode. Les années 1820-1830 voient naître les premières usines en France dont celle du Conquet (en 1829). L’iode sert de teinture, d’où son importance en temps de guerre, ou à titre de colorants. La production nationale atteint 4 tonnes en 1838, mais 60 tonnes en 1861. Elle connaît des fluctuations importantes : elle s’élève constamment au XIXème siècle pour dépasser les 60 tonnes à la veille de la première guerre mondiale, période où elle s’effondre en raison de la raréfaction de la main-d’œuvre.

Durant l’entre-deux-guerres, elle redémarre avec une pointe à 100 tonnes en 1930. Pendant cette entre-deux-guerres, en Bretagne, plus de 300 ouvriers travaillent dans les usines en aval, tandis qu’en amont plus de 3 000 familles, dont environ 2 500 inscrits maritimes, pêchent, sèchent et brûlent le goémon. De véritables flottilles voient le jour sur le littoral Pagan.

À Plouguerneau, les goémoniers représentent près de la moitié de la population active de la commune. En 1922, 261 bateaux se livrent à la récolte du goémon de soude. Parmi ceux-ci, 60 pratiquent également la pêche. 32 navires sont construits cette année là.

Pour travailler la soude les usines se multiplient le long du littoral. On en trouve au Conquet, à Argenton, à l’Aber-Wrac’h, à Plouescat, … A Plouguerneau, une usine à iode (de brûlage), employant quinze à vingt personnes, s’ouvre au Traon en 1922. Elle fermera ses portes en 1946. Au Koréjou, une brûlerie s’ouvre en 1929. Par la suite, elle sert au stockage des algues.

À l’Aber-Wrac’h, deux usines ont fonctionné. L’usine Glaizot, fondée en 1873 par Gustave Glaizot ingénieur d’origine auvergnate, produit de la soude en 1874. Elle dispose d’un dépôt à Brignogan et acquiert l’île de Stagadon pour étendre son aire de récolte et séchage du goémon. Elle traite 5 tonnes de soude par jour qui donnent 50 à 60 kg d’iode.

Une seconde usine propriété de la compagnie française d’iode et d’algine existe aussi. Le train vient aussi à la rescousse des goémoniers. À l’Aber-Wrac’h le train arrive en 1900 et en 1894 à Lannilis.

Le déclin de l’industrie du goémon est amorcé dans les années 1930 avec la concurrence du Chili qui produit, à partir des gisements de nitrate, à des prix bien inférieurs aux prix français.

Le cheval goémonier

Séchage du goémon sur la dune du Korejou

Alors que, dans les fermes de l’intérieur, les paysans possédaient de puissants chevaux d’attelage de postiers bretons, les goémoniers avaient souvent des chevaux de trait plus petits, plus secs et plus nerveux.

Le dressage commence très tôt. Le jeune poulain est conduit à la grève en compagnie de sa mère. Celle-ci, habituée à l’eau, y pénètre sans appréhension, mais ce n’est pas le cas du poulain qui ose à peine se tremper les sabots.

Un soin tout particulier est accordé au ferrage. Il est impensable de mener des chevaux à la grève avec des mauvais fers, et les forgerons fabriquent d’ailleurs des fers spéciaux adaptés à ce type de travail.

Le harnachement tient compte également des contraintes du métier. En effet la bourrellerie supporte mal l’eau de mer. Ainsi d’autres solutions sont-elles retenues. Les harnais sont remplacés par du filin ordinaire, les colliers de cuir sont remplacés par des colliers de paille ou de jonc.

Analyse des chiffres des recensements entre 1836 et 1911

Le dernier recensement s’arrête en 1911 et ne traite pas le période 1920-1930, période sûrement la plus importante pour le goémon à Plouguerneau.

Avant 1911, l’année du plus grand nombre de goémoniers recensés est l’année 1876 avec 136 hommes qui se déclarent goémonier.

On part de 62 en 1861 avec des trous à 30 en 1891 et à 13 en 1911. Pour ces deux recensements, ce sont les années avec le plus grand nombre de pêcheurs. On peut donc penser que selon, les années, on était plus pêcheur que goémonier et vice versa.

En 1876, sur environ 1740 hommes de 16 ans et plus sur la commune, cela représente 7,5%.

En 1901, sur environ 1700 hommes de 16 ans et plus sur la commune, cela représente toujours 7,5%.

Où se trouvent les Goémoniers Hommes en 1876 et 1901

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Ce tableau montre que les deux secteurs goémoniers de la communes sont : Tréménac’h et l’Armorique. Hors ces deux secteurs, on ne trouve qu’un seul goémonier à Créach-An-Avel en 1876.

Un des points à remarquer est l’augmentation du nombre de goémoniers sur le secteur de l’Armorique entre 1876 et 1901 alors qu’il diminue sur Tréménac’h.

Les pêcheurs

Bateaux de pêche rentrants au port
Bateaux de pêche rentrants au port

La pêche au XVIIIème siècle

On l’a souvent dit, la France de l’Ancien Régime est avant tout agricole. Le Pays Pagan n’échappe pas à cette règle. Mais la présence d’un littoral conséquent sur les territoires paroissiaux, puis communaux, et la proximité de la mer, aboutissent à orienter naturellement une frange de la population vers la pêche à pied et la pêche côtière.

Si la première a laissé relativement peu de traces dans la documentation disponible, la seconde bénéficie de sources nettement plus appréciables pour décrire l’état de la flottille.

Les professionnels de la pêche nous sont connus par un recensement, en 1726, de Le Masson du Parc. Rappelons qu’il visite les côtes nord et sud de la Bretagne et établit un rapport relatif à la pêche dans notre province et en particulier en Léon de 1731 à 1732. Il recense 273 pêcheurs riverains et 9 pêcheries.

Plouguerneau totalise le quart des pêcheurs léonards. Tableau par secteur :

QuartiersNombre
Tréménac’h13
L’Armorique44
Total57

Pour le Léon, le nombre de bateaux se situerait aux alentours de 70, ce qui donnerait environ quatre hommes par unité. Selon Le Masson du Parc, trois bateaux se livraient à la pêche pour l’Armorique à Plouguerneau.

Vingt ans plus tard (en 1745), Verdier dressait une nouvelle liste des embarcations de pêche. Globalement, il faut noter une progression : 153 embarcations (mais ne pratiquent-ils que cette activité ?).

Plus tard, en 1770, les congés délivrés en Léon par l’amirauté pour la pêche du poisson frais se chiffrent à 116.

Les pêcheurs sont assez âgés (une quarantaine d’années pour 45% d’entre eux) et pratiquent le plus souvent une autre activité, voire deux selon Le Masson du Parc.

La pêche au XIXème et au XXème siècle

Au XIXème siècle, la pêche paraît avoir du mal à décoller. Nous sommes toujours en présence d’une petite pêche côtière qui n’évolue pas dans le bon sens. En 1858 à l’Aber-Wrac’h, on arme vingt-quatre bateaux et en 1861 seulement neuf. Au Koréjou, le nombre de bateaux avoisinerait la trentaine dans les années 1860.

Les registres d’armements du quartier de l’Aber-Wrac’h des années 1880 nous apportent des statistiques intéressantes pour analyser la pêche à cette époque. De 1883 à 1891, les armements oscillent de 347 (1887) à 447 (1891). Mais les navires pratiquant la petite pêche sont l’écrasante majorité. En 1922-1925, la flotte s’adonnant à la petite pêche est évaluée à environ 250 unités.

La pêche, dans le Pays Pagan, connaîtra son heure de gloire au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Analyse des chiffres des recensements entre 1836 et 1911

L’année du plus grand nombre de pêcheurs recensés est l’année 1911 avec 113 hommes se déclarant pêcheur.

On part de 1 en 1836 avec des pointes à 31 en 1851 et 54 en 1891.

On peut remarquer, qu’entre 1861 et 1911, les périodes où le nombre de pêcheurs déclarés est au plus bas sont les périodes où le nombre de goémoniers est au plus haut.

En 1851, sur environ 1800 hommes de 16 ans et plus sur la commune, cela représente 2%.

En 1911, sur environ 1700 hommes de 16 ans et plus sur la commune, cela représente 6,5%.

Où se trouvent les pêcheurs

En 1846 : 12 pêcheurs recensés

SecteurVillageNombre
ArmoriqueLilia2
Lostrouc’h2
Total Armorique4
Tréménac’hCleguer Omnes6
Kelerdut2
Kergoff4
Total Tréménac’h12
Grand Total16

Ce tableau montre que les deux secteurs pêcheurs de la commune sont Tréménac’h et l’Armorique. Mais par rapport au goémon, le secteur de Trémeur est mieux représenté. 5 pêcheurs à Créach-An-Avel recensés en 1911 par exemple.

Un des points à remarquer est l’évolution plus importante du nombre de pêcheurs sur le secteur de l’Armorique que celui de Tréménac’h. Égalitaire en 1851, le nombre de pêcheurs sur l’Armorique est plus du double en 1911.

Les gardiens de phare et guetteurs de sémaphore

Le phare de l’Ile Vierge

Il naît officiellement en 1842. Le sous-secrétaire d’état des Travaux publics accepte la construction d’un phare de troisième ordre. Le 8 Février 1844, l’Ile Vierge est achetée 6 000 francs au sieur Goyon de Goepel. D’une hauteur de 33 mètres, d’une portée de 18 miles, avec maison de gardien dans le soubassement de la tour carrée, le phare est allumé le 15 Août 1845. Le feu, doté du système Fresnel, fonctionne à l’huile de Colza, puis au pétrole et au gaz.

La construction du phare actuel débute en 1897. Quand les travaux s’achèvent en Juillet 1901, ce nouveau phare culmine à 88,52 mètres. La portée atteint 27 miles. Le feu est allumé en Mars 1902. Il fonctionne au pétrole.

Le phare de l’Ile Wrac’h

Le phare de l'ile Wrac'h à Plouguerneau

Accessible à marée basse, l’île reçoit une tour carrée, avec maison de gardien. Il est mis en service en 1845.

Le sémaphore de Kerizoc

Il est bâti en 1862 dans une zone réputée au XVIIIème siècle pour abriter les hommes de l’amirauté. Il assure jusqu’en 1940 la surveillance du littoral. A noter que le sémaphore n’existe plus aujourd’hui.

Analyse des chiffres des recensements entre 1836 et 1911

Le premier recensement faisant mention de gardiens de phare est le recensement de 1851. On trouve quatre gardiens. Ce nombre passera à un en 1861 et 1866, puis revient à trois sauf en 1901 où l’on trouve cinq gardiens de phare.

En 1851, trois gardiens habitent l’Ile Vierge et un gardien habite l’Ile Wrac’h.

A l’Ile Vierge, on trouve :

  • Gardien : Drézen Jean (36 ans, marié)
  • Gardien : S?. Jean (34 ans, marié)

Gardien : Mingand Laurent (40 ans, marié)

A l’Ile Wrac’h, on trouve :

  • Un Gardien : Herry Hervé (32 ans)
  • Sa femme : Annette (33 ans)
  • Une fille : Jeanne (6 ans)
  • Un fils : Jean-Marie (3 ans)
  • Une fille : Rosalie (8 mois)
  • Une domestique : Anne Léon (32 ans)

Le premier guetteur de sémaphore est recensé en 1861. Par la suite, le recensement fait apparaître deux guetteurs de 1866 à 1911.

En 1866, on trouve :

  • Un gardien : Hébert Jean-Louis (34 ans)
  • Sa femme : Justine Marie (24 ans)
  • Un fils : Charles Yves (5 ans)
  • Une fille : Justine (20 mois)
  • Sa mère : Olive Julienne (65 ans)
  • Un gardien : Bernable Jean-Marie (28 ans)
  • Sa femme : Philomène (25 ans)
  • Un fils : Gabriel Yves Marie (1 an)

Les douaniers

Les douaniers

La Ferme est remplacée par la Régie ou service des Douanes en Octobre 1790. Mais la mise en place effective de la nouvelle administration, avec la même structure et les mêmes hommes, n’intervient que le premier Janvier 1792.

Au départ, les douaniers portent le titre de « préposés à la police du commerce extérieur ». En Mars 1793, on parle de préposés des douanes. Sur le terrain, travaille la brigade de 4 à 6 préposés encadrés par un lieutenant. Au niveau supérieur, un lieutenant d’ordre dirige 4 à 5 brigades. Les lieutenants d’ordre sont placés sous l’autorité d’un capitaine général.

Les douaniers assurent, comme leurs prédécesseurs, la surveillance des côtes, la perception des droits, la lutte contre la contrebande et le trafic illégal de marchandises.

Leur service de onze heures se fait à pied, à cheval ou en patache (bateau fluvial). L’Aber-Wrac’h dispose d’une telle embarcation montée habituellement par des pilotes, des matelots et des mousses.

Analyse des chiffres des recensements entre 1836 et 1911

Entre 1836 et 1861, le nombre de douaniers recensés à Plouguerneau varie entre 14 et 18. A partir de 1866, on recense 8 douaniers pour arriver à 4 en 1911.

Cette évolution s’explique par la modification des lois sur les taxes douanières sous Napoléon III.

Le nombre de pilotes habitant sur la commune de 2 à 4 en 1836 et 1866. On n’en retrouve plus par la suite.

Où se trouvent et habitent les Douaniers

Entre 1836, on trouve 3 brigades à Plouguerneau :

  • à St Michel : 8 douaniers
  • à Lilia : 6 douaniers
  • au Zorn : 4 douaniers

Ils se logent dans les villages de bord de côte :

SecteurVillageNombre
St MichelKeruzal1
St MichelKreach an Hamm2
St MichelKervelogan1
St MichelKergoff1
St MichelTrolouc’h1
St MichelLa Martyre1
LiliaKérazan1
LiliaKerscao1
LiliaLilia2
LiliaLesmel1
LiliaKeridaouen1
ZornPrat-ar-Perry2
ZornKerizog2

A partir de 1866, ils logeront au Bourg :

Habite rueNomNé àAge
Rue Croix NeuveThéréné J.Plouguerneau53 ans
Grande RueLabrière Jean-MarieLandéda48 ans
Grande RueEuzen GuillaumePlounevez-Porzay28 ans
Grande RueClairau AntoineQuimperlé29 ans
Grande RueDubuisson (Capitaine)Département de l’Ain49 ans
Grande RuePleyber JeanTrézilidé36 ans
Rue de Tréménac’hTroulier VictorDépartement du Vaucluse27 ans
Rue de Tréménac’hBlanchard JulesBrest32 ans

Les métiers du bois

Les chantiers

Ce sont en général de grands hangars, largement ouverts à l’un de pignons pour permettre le passage des bateaux. A côté, dehors, sont stockées les billes de bois, ainsi que les planches déjà débitées. Il s’agit le plus souvent d’essences locales (orme, chêne).

Dans le Bas-Léon, on trouve de tels chantiers à Plouguerneau (Le Got, Nicolas), Landéda (Le Guen, Perhirin). Aussi curieux que cela puisse paraître, les chantiers ne sont pas toujours au bord de la grève : à Ploudalmezeau, à Saint Pabu. Mais les unités construites sont modestes, facilement transportables et, ainsi placé, chaque chantier travaille pour plusieurs ports. Quant aux grosses unités, elles sont construites en dehors de la région.

Le charpentier

Le charpentier travaille souvent seul, parfois avec son fils, ou avec un ou deux ouvriers au maximum. Lorsqu’il n’a pas d’ouvriers, il effectue les gros travaux (transport et débits des troncs d’arbres) avec l’aide de son épouse ou du client.

Souvent, il est en même temps charron, menuisier, parfois tonnelier. S’il a une scie à ruban, il débite les arbres pour les particuliers.

La scie a d’abord été mue par l’eau, puis par des moteurs à essence et enfin par un moteur électrique. Le chantier Le Got de Plouguerneau a mis la sienne en service en 1924. A noter que chez le charpentier de bateaux, la lame de la scie est plus étroite.

Constructeurs de bateaux et charpentiers à Plouguerneau de 1836 à 1911

Le nombre de charpentiers et de menuisiers est d’environ une quinzaine pendant la seconde moitié du XIXème siècle à Plouguerneau.

Selon les années de recensement, on trouve plus de menuisiers que de charpentiers. Le terme de constructeurs de bateaux revient sur 4 recensements étudiés :

  • 2 en 1866 : Le Ven Olivier – Le Ven X
  • 1 en 1872 : Le Ven Olivier
  • 1 en 1891 : Quiban Tanguy
  • 3 en 1911 : Le Got Jean – Cabon François – Le Ven François

Pour cette dernière année 1911, détail des personnes travaillant dans les Métiers du bois :

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Conclusion

La première conclusion est que la commune au XIXème siècle est et restera principalement une commune agricole.

En 1836, premier recensement étudié, les métiers tournés vers la mer sont presque inexistants (hors les douaniers).

En 1846, une communauté de pêcheurs apparaît. En 1851 avec 31 habitants déclarés, ils représentent moins de 2 % de la population des hommes de plus de 16 ans.

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, la vie des habitants du bord de côte va être profondément modifiée. Deux métiers vont prendre une grande importance : le goémon et la pêche et vont remplacer (ou plutôt compléter) les anciens métiers de petits cultivateurs ou journaliers.

En 1872 et 1911, la population des hommes dont les métiers sont tournés vers la mer varie dans une fourchette de 150 à 200 personnes. Cela revient à environ 10% de hommes de la commune.

Si l’on ne prend que les secteurs de Tréménac’h et l’Armorique (environ 35 % des hommes de la commune), cela représente entre 30 et 40 % des hommes de ces deux secteurs.

Et si l’on prend que les villages de bord de côte de ces deux précédents secteurs (exemple : Le Reun, Kervenni, Perros, …) cela représente souvent plus de 60 % des hommes de ces villages.

Les autres métiers de bord de mer restent secondaires et sont souvent exercés par des hommes n’étant pas nés sur la commune : douaniers, gardiens de phare et de sémaphore, …

Les métiers du bois sont difficilement évaluables (sauf la construction de bateaux qui ne semblent démarrer réellement qu’à partir de 1911).

L’évolution des métiers dans cette seconde moitié du XIXème siècle a eu, sûrement, comme conséquence le peu d’exode de ces petits paysans vers les villes (Brest, Paris, …) comme constaté dans beaucoup d’autres communes du Finistère.

Autre conséquence, le nombre d’habitants des secteurs de Tréménac’h et de l’Armorique nés sur d’autres communes : autour de 1 % et encore souvent des habitants exerçant des métiers bien précis : gardiens de phare, instituteurs, commerçants, …


Bibliographie

(1) Patrick Denieul : – Vieux Métiers Bretons – Editions Le Télégramme ( 2001 )

(2) Jean-Pierre Hirrien : – Le Pagan et la Mer – Editions Label LN ( 2007 )

(3) Pierre Arzel : – Les Goémoniers – Le chasse-marée éditions de l’estran ( 1987 )

Pierre Arzur – Avril 2013


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