L’évolution de la population à Plouguerneau et Tréménac’h dans la seconde moitié du XVIIIe siècle


L’ÉVOLUTION DE LA POPULATION A PLOUGUERNEAU ET TREMENAC’H DANS LA SECONDE MOITIE DU XVIIIe SIÈCLE

Sous l’Ancien Régime les recensements de la population font défaut. Dans de telles conditions il est difficile de chiffrer la population des deux paroisses avant la Révolution.

Cependant, des estimations ont été fournies par quelques historiens et contemporains qui nous permettent d’approcher les populations de Plouguerneau et de Tréménac’h.

PLOUGUERNEAU
TREMENAC’H
1) Visites pastorales effectuées par l’évêque du Léon dans les années 1770
4 000 communiants
200 communiants
2) J-B OGEE ingénieur géographe du XVIIIè siècle
1 600 communiants
500 communiants
3) GELLEY
3 801 habitants (1774)
3 766 habitants (1785)
4 177 habitants (1790)
405 habitants
4) PERENNES
4 148 habitants (1792)
500 habitants

On peut être surpris du total de J.B. OGEE pour Plouguerneau. Il est sans doute sous-évalué par le fait qu’il ne doit pas prendre en compte les jeunes de moins de 11 ans.

De plus, il existe une autre possibilité pour tenter d’évaluer la population d’une paroisse. Pour cela on applique un multiplicateur 25 ou 26 aux baptêmes. Et comme le taux de natalité est, selon le démographe Moheau dans cette seconde moitié de XVIIIe siècle, de l’ordre de 40 0/00, on aboutit à une série de chiffres pour quatre périodes qui dessinent les contours de la population de Plouguerneau. .

Avec le multiplicateur 26 la population à Plouguerneau s’établit à :

– 3 642 habitants (1747-56)
– 3 952 habitants (1757-67)
– 3 933 habitants (1771-79)
– 3 988 habitants (1780-90)

La paroisse de Tréménac’h aurait quant à elle 416 habitants pour les années 1772-90.

Plouguerneau, paroisse peuplée, dépasse les 3 600 habitants au milieu du XVIIIe siècle et avoisine les 4 000 à 4 100 habitants à la veille de la Révolution.
Les deux entités paroissiales totalisent 4 400 à 4 500 habitants.

La croissance enregistrée à Plouguerneau durant ce demi-siècle est de 11,1 à 13,9 % selon les chiffres retenus. Annuellement elle est comprise entre 0,2 et 0,3 %, ce qui est peu.
Après un bond de 310 paroissiens (soit + 8,5 %) en début de période, Plouguerneau rentre dans le rang et sa population diminue (-0,4 % entre 1757-67 et 1771-79) ou n’enregistre que des gains insignifiants (+1,4 % entre 1771-79 et 1780-90).
Le bilan démographique se solde par un différentiel de + 586 (5516 baptêmes pour 4930 sépultures).

Il est dû aux années 1747-67 moins touchées par les crises démographiques. Ensuite, malgré des naissances qui progressent (152,5 par an pour 1771-90 contre 145,3 pour 1747-67), les épidémies meurtrières taillent des coupes sombres dans la population et font des années 70-80 une période noire de l’histoire démographique des deux paroisses.

Ces difficultés enregistrées à Plouguerneau et à Tréménac’h sont particulières au Léon et à la Bretagne : les baptêmes sont périodiquement dépassés par les sépultures; à Plouguerneau cinq fois, dans le Léon à trois reprises entre 1770 et 1787, en Bretagne sept fois. La Bretagne a perdu 3.7 % de sa population en 15 ans (alors que la France en gagnait 6 %) avec un déficit moyen de 5 427 habitants par an (soit 1 683 000 sépultures pour 1 580 000 baptêmes).

Pourtant, l’originalité de Plouguerneau réside dans l’accroissement de sa population alors que certaines paroisses accusent des déficits importants (Plouider perd 1/6ème de sa population, Lesneven totalise, de 1740 à 1790, 4 450 baptêmes pour 4 557 sépultures).

Le capital démographique acquis dans les années 1747-67 n’a pas été entamé malgré les fièvres putrides (typhus, typhoïde), grâce à une natalité qui se maintient (38,4 %0) et à un nombre de naissances en progression. Dans ces conditions il n’y a rien de bien surprenant à retrouver, en 1790, la paroisse en tête, pour sa population, dans le district de Lesneven avec 4117 habitants, soit 16 % du district.

La population de Plouguerneau atteindra 5500 habitants en 1821, bondira à 6246 personnes en 1851, mais dans la seconde moitié du XIXe siècle ne décollera plus des 5700/5800 habitants jusqu’en 1911.

En 2013 elle est de l’ordre de 6500 habitants.

 

 

Carte des lieux-dits de Plouguerneau au XVIIIe siècle (d’après A-L Abiliou, Société et vie quotidienne à Plouguerneau au XVIIIe siècle, maîtrise UBO). L’étendue du territoire paroissial de Plouguerneau, bien plus que celui de Tréménac’h, et la relative vigueur démographique de la population plouguernéenne expliquent, malgré un contexte mortifère défavorable, le positionnement assez élevé de Plouguerneau dans l’échelle statistique de la démographie léonarde.

Version 1 : 30 Octobre 2013