Mendiants à Plouguerneau aux XVIIIe et XIXe siècles

Bretagne, mendiants au porche de l'église

Version 2 : 15 Novembre 2012 Article complet au format pdf sur CALAMEO en cliquant ici.

Cet article cherche à compléter, pour la commune de Plouguerneau, l’ouvrage « 1774 : les recteurs léonards parlent de la misère » de Fanch ROUDAUT, Daniel COLLET et Jean-Louis FLOCH et l’ouvrage « Mendiants et vagabonds en Bretagne au XIXe siècle » de Guy HAUDEBOURG.

ll se base sur les recensements de 1836, 1846, 1851, 1876 et 1901 pour cette commune de Plouguerneau.

Que signifie le terme « Mendiant » aux XVIIIème et XIXème siècles ?

Définition actuelle : personne qui demande l’aumône, la charité.

Définition lors des recensements au XIXème siècle : personne ne travaillant pas et ne possédant pas de bien (et qui pouvait à l’occasion demander l’aumône pour survivre). Certains mendiants en faisaient un métier. Les personnes âgées étaient souvent considérées comme mendiantes lorsqu’elles ne vivaient pas chez un de leurs enfants.

Dans les recensements effectués dans le Finistère à partir de 1836, certaines définitions changent selon les communes et au cours des années.

Le cas qui nous intéresse « Mendiant » est souvent décliné en « Indigent » ou « Sans Profession », voire « Journalier ». Pour cette article nous avons retenu le terme de « travailleurs occasionnels sans terre » pour regrouper l’ensemble des habitants de plus 16 ans de la commune pouvant être vus comme miséreux.

Texte de : Jean Bernard LAURENT – Généalogiste professionnel à Saint Bel (69)

« Mendiant » ne signifie en aucun cas retraité et n’est pas non plus synonyme de vagabond.

Autrefois, il n’y avait ni Sécurité Sociale, ni caisse de retraite ; nos ancêtres travaillaient très au-delà de 60 ans ; quand ils le pouvaient. Par exemple, une veuve, tout en conservant son domicile, et bien qu’ayant des enfants, mais très pauvres, pouvait être amenée à mendier pour pouvoir survivre.

Une maladie, une mauvaise récolte pouvaient très rapidement faire basculer la vie d’un ancêtre proche de la misère, et le transformer en mendiant.

Plus qu’une profession à proprement parler, il s’agissait d’une activité, reconnue, qui permettait à la personne de vivre ; souvent parce que sa condition ou sa santé ne lui permettaient plus de travailler, et qu’elle se trouvait seule.

On trouve même parfois des testaments passés par des mendiants, voire quelques contrats de mariage entre mendiants.

Il faut se remettre dans Le contexte d’une époque où l’économie se vivait en autarcie et où « un sou était un sou ».

Les mendiants en Bretagne

Extrait de l’ouvrage : Vieux métiers en Bretagne de Patrick Denieul – Le mendiant ou chemineur de pays

Bretagne, mendiant

Plus qu’un membre d’une caste en marge de la société, « le chemineur de pays », appelé encore « chercheur de pain » en Basse-Bretagne, est véritablement considéré comme un envoyé de Dieu, un émissaire de la providence. N’assure-t-on pas que, sous cette apparence de loqueteux, Jésus-Christ, Saint Pierre et Saint Jean visitent les demeures pour dénicher les personnes justes et charitables ?

Dans les meilleurs logis, la place du « chercheur de pain » est toujours réservée à table et près de la pierre de foyer, son bol de soupe au lard fume, il est attendu. A son entrée, tout le monde se lève, heureux de le servir. Le mendiant pénètre dans la maisonnée, bénissant au nom de Dieu et des défunts ceux qui l’habitent et qui l’accueillent si gracieusement. Le maître s’avance à son tour à sa rencontre et l’invite à partager leur repas. Une fois un peu de repos pris, « le chemineur de chemin » extirpe de son bissac rapiécé les cadeaux pour ces hôtes, ces nouvelles glanées au hasard de son chemin d’infortune, ces contes et ces complaintes qu’il a recueillis dans d‘autres foyers. Le « chercheur de pain », repu, dormira ce soir sous un toit, dans un coin réservé de la grange ou de l’étable.

Cette véritable corporation des mendiants possède ses propres règles, des règles strictes et implicites. Comme le rappelle le recteur François Cadic, chaque paroisse possédait sa propre famille de « chercheurs de pain » : « On y naissait mendiant, et l’on passait le privilège de père en fils, voire de mère en fils, ainsi que c’était la coutume chez les Mario, dynastie célèbre de tendeurs de sébile, nichée dans les bois du Douan entre Saint Jean-Brevelay et Plumellec. »

Le « chemineur de pays » ne se rendra pas plus d’une ou deux fois par an dans la même ferme, et encore à des dates régulières, les « jours où l’on donne », où son passage sera guetté et fêté comme celui d’un parent proche.

En cela, il diffère du moindre vagabond qui réclame son pain comme un dû en menaçant du poing, errant de contrée en contrée, sans but, s’agrippant au moindre bienfaiteur comme une bernique à un rocher. Celui-là sera chassé, on lâchera les chiens pour le mordre, car il n’est qu’un paria, un parasite.

Seul le mendiant, agissant toujours au nom de Dieu, bénissant à tour de bras les gens secourables, si profondément dévot qu’il ôte son chapeau sous le porche des églises, n’osant souiller le sanctuaire, sera honoré. On lui accorde une place de choix au repas de noces, où il est servi, avec ses pairs, par la mariée elle-même. Un d’entre eux mourut même d’indigestion lors du mariage Rohellec en 1929 à Brec’h, en Saint-Guérin.

Le troisième jour des pardons est réservé aux « chercheurs de pains ». La mémoire populaire a gardé trace de deux des plus fabuleux mendiants qui fussent : le Roi Stévan, prophète prédisant, vers la moitié du XVIIIème siècle, la pluie pour les cultures, les bonnes années pour les semis et d’autres prodiges qui ornent notre quotidien : Matelin an Dal, de Quimperlé, un sonneur de biniou aveugle dont la réputation méritée l’amena à jouer devant Louis-Philippe lui-même.

Quelques Idées complémentaires sur les Mendiants et leur vie

Une enquête préfectorale au milieu du XIXéme siècle estimait le nombre de mendiants à 40 000 pour le département du Finistère soit un mendiant pour 37 habitants. L’estimation, pour la France et pour cette même période, variait de 2 à 4 millions sur 39 millions de Français.

En 1846, la Bretagne est une région relativement peuplée avec 81 h/km2 contre 67 h/km2 pour la France. Les zones côtières du Léon dépassaient régulièrement les 150 h/km2.

En Bretagne, à cette époque, le mendiant bénéficie pour ainsi dire d’une sorte de statut officiel. La mendicité est une profession comme une autre. Le mendiant est un  » klasker bara « , un « chercheur de pain ».

On s’aperçoit qu’il existait deux types de mendicité : une mendicité de groupe, quasi officielle mais assez anonyme, et, plus rare, une mendicité solitaire. La seconde catégorie regroupe les étrangers, nomades saisonniers ou coureurs de pays à ne pas confondre avec les vagabonds qui eux étaient réprimés. Un exemple de cette seconde catégorie est le « maître ambulant », souvent anciens « cloareks » qui n’avaient pu faute d’argent accéder à la prêtrise et qui passaient de ferme en ferme éduquer les enfants.

Si la mendicité est une profession avec ses exigences, on ne devient pas mendiant par vocation, mais par hérédité ou par fatalité, le plus souvent économique. On naît mendiant, fils ou fille de mendiante. On devient par inaptitude intellectuelle ou incapacité physique : innocent ou simplet, infirme ou invalide : aveugle, estropié, cul de jatte, manchot, malade incurable, …

On devient aussi mendiant par fatalité suite à la mort d’un père, victime d’un accident, mort à la guerre ou péri en mer, qui laisse la famille sans pension donc sans ressources.

Les crises économiques enfin, conséquences de mauvaises récoltes dues aux conditions climatiques ou ravages causés par les guerres, contraignaient le paysan et sa famille à quitter une terre ou un toit dont ils ne pouvaient plus payer le loyer.

Les mendiants avaient leur tournée des fermes où ils étaient attendus, nourris et parfois logés dans la grange. Ils apportaient les nouvelles de la commune et du canton aux fermiers souvent isolés.

L’alcoolisme était le vice endémique de ces pauvres gens. Il a probablement contribué pour une part à les discréditer auprès de la population.

Il existait donc une grande variété de mendiants à laquelle il faudrait ajouter tous ces faux invalides, ces malintentionnés, plus voleurs que quêteurs, qui rançonnaient plus qu’ils ne mendiaient. Ces mendiants malhonnêtes, voleurs, n’avaient heureusement rien à voir avec les autres les seuls qui fussent dignes d’intérêt.

Pas de pardon en Bretagne sans la présence de mendiants. Ils sont les premiers arrivés le samedi, sur les lieux de la fête. Les pèlerins, à l’approche de l’église ou de la chapelle, avancent entre une double haie de mendiants. Leur grand pardon est celui de Saint Yves le 19 Mai, qui est non seulement le saint patron des hommes de loi, mais aussi celui de tous les pauvres. D’autres rassemblements spectaculaires de mendiants sont les pardons de Sainte Anne de la Palud et Rumengol près du Faou ( environ 400 mendiants se retrouvaient à Rumegol ).

Les mendiants savaient enfin que lors d’un mariage, le troisième jour leur était consacré : ils accouraient en foule au « repas des pauvres » servi avec les restes des jours précédents. Ils étaient traités comme les autres invités et les nouveaux mariés se devaient de danser avec eux.

Périodes de Crise

Deux grandes périodes de crise, au cours du XIXème siècle, semblent propices à la mendicité.

– 1817-1822 : Période de disette voire de famine où croissent les déplacements et le vagabondage

– 1847-1855 : Crise de la production céréalière. La maladie de la pomme de terre ne toucha pas uniquement l’Irlande mais toute l’Europe. Le pays le plus atteint fut la Belgique avec 80% de perte des récoltes en 1847. La Hollande, l’Allemagne, l’Angleterre, la France, donc la Bretagne, furent aussi frappé mais dans une moindre mesure. La cas de la forte mortalité Irlandaise fut surtout la conséquence de la mono-culture de la pomme de terre dans le centre du pays (voulu par les anglais propriétaires des terres).

En conséquence, en Bretagne, le travail pour les journaliers devient rare et le prix de tous les produits agricoles augmentent fortement du fait de la rareté et de la demande de l’étranger.

3 – 1774 : les recteurs léonards parlent de la misère

1774 : les recteurs léonards parlent de la misère

Extrait de l’ouvrage : « 1774 – les recteurs léonards parlent de la misère » de Fanch ROUDAUT, Daniel COLLET et Jean-Louis FLOCH paru en 1998.

Bretagne, mendiants au porche de l'église

PLOUGUERNEAU

Population : 3801 habitants – Recteur : Claude Charles Denis de LESMEL en 1748

1. Le nombre de mendiants de cette paroisse de Plouguerneau est d’environ 400 (*) composant une treizième portion du peuple de ladite commune.

2. C’est pour un tiers d’eux un train pris depuis le plus bas age d’aimer plustot à courir les chemins que de s’adonner au travail ; un autre tiers a pour prétexte assez fondé leur caducité ou leur infirmité. Le reste mendie par nécessité, n’ayant point de terre à cultiver, ou ne trouvant pas de travail, et ayant une nombreuse famille à entretenir, s’étant mariés bien jeunes et avant d’avoir acquis pour leur services dans les ménages quelques fonds pour faire face aux charges du mariage. C’est l’abus dominant de ce pays, auquel je ne connais presque aucun remède.

3. Il y a déjà longtemps que l’on propose d’établir un hôpital pour la paroisse ; les dispositions présentes y paraissent assez favorables, puisqu’il se trouve deux particuliers qui font de gracieux offres à ce sujet. Le 1er est un prêtre curé de la paroisse, qui veut bien céder pour cet objet un bénéfice simple dont il est titulaire, du revenu d’environ 150 Livres. Il y a maisons et chapelle en bon état, le tout à la proximité du bourg, et ayant la commodité de l’eau.

Un autre particulier offre d’attacher à cet établissement un fond de 200 Livres de rente annuelle, quitte de toute charges et rachats, étant dans le fief de l’évêque. Plusieurs autres font encore des offres relatifs audit établissement ; mais tous conditionnent qu’ils seront exempts de payer aucuns droits royaux, comme amortissements et autres.

Moymême recteur, je consens qu’il soit levé sur le gros de mon bénéfice une somme annuelle de 200 Livres pour l’objet en question ; et d’hypothéquer sur mon patrimoine une somme aussy annuelle de 100 Livres, aux conditions cy devant. Il y a déjà un fond de 60 Livres d’assuré qui se distribue par mes mains aux pauvres.

Voylà touttes les connoissances que je puis donner sur les questions proposées.

A Plouguerneau, évêché de léon, ce jour 20 décembre 1774.

Notes : (*) – Une statistique de 1792 confirme cette estimation : Plouguerneau comptait 410 indigents sur 4148 habitants. Henri PERENNES, Plouguerneau, une paroisse entre Manche et Océan.

TREMENEC’H

Population : 405 habitants – Recteur : Tanguy LE BORGNE de 1733 à 1782

Il n’y a aucun riche dans la commune.

Il n’y a aucun artisan. Il y a sept ou huit à leur aise.

Tous les autres sont des pauvres laboureurs, dont la plupart non pas du bled pour l’année, parce que les meilleurs terres sont entièrement encomblées par le sable (*), ainsi qu’on le voit.

Il n’y a aucun hôpital ni fond.

Le contenu est variable.

Notes : (*) – La petite paroisse de Tréménec’h, aujourd’hui en Plouguerneau, souffrit beaucoup de l’ensablement du Léon. En 1722, les paroissiens demandent remise des tailles et fouages, parce que « depuis douze ans les deux tiers de la paroisse sont envahis par les sables ». Le recteur François Falc’hun, mort en 1720, demande que son corps soit enterré à Guissény, « par rapport que (son) église est noyée par le sable ». Son successeur, Yves Pelleteur, expose en 1726 que « depuis 1721 son presbytère envahi par les sables est inhabité, et que l’église va disparaître de même, que le sable a gagné le haut du toit, que le Samedi Saint il tomba une grosse pièce de bois avec beaucoup de mortier et de sable sur la sainte hostie ». Henri PERENNES, Plouguerneau, une paroisse entre Manche et Océan.

Les Recensements de 1836 et 1851

Les chiffres

Plouguerneau

En 1836 :

HommesNombre
Journalier38
Indigent155
Garçon d’Indigent de 16 ans et +45
Mendiant5
Total243
FemmesNombre
Journalière21
Femme de journalier20
Fille de Journalier de 16 ans et +5
Indigente249
Fille d’Indigente de 16 ans et +95
Mendiante7
Total397

En 1851, on trouve :
Information : En 15 ans, il y a 282 Hommes de plus et 460 femmes de plus à Plouguerneau.

HommesNombre
Journalier196
Garçon de Journalier de 16 ans et +26
Total222
FemmesNombre
Sans Moyen d’existence4
Sans Profession292
Journalière24
Femme de Journalier166
Fille de Journalier de 16 ans et +30
Fille de Sans Profession de 16 ans et +46
Total562

En regroupant, sous un même terme de « travailleurs occasionnels sans terre » et en incluant leurs femmes et les enfants au foyer de 16 ans et plus, on arrive à :

HommesFemmesTotal
1836244397641
1851222562784

Sur une population (hors enfants de moins de 16 ans) de 3 700 personnes en 1836 et de 4 000 personnes en 1851, ces « travailleurs occasionnels sans terre » représentent environ 18 % en 1836 et 19,5 % en 1851.

Sur une population globale de 5 550 personnes en 1836 et de 6 248 personnes en 1851, ces « travailleurs occasionnels sans terre » représentent environ 11 % en 1836 et 12,5 % en 1851.

Guisseny

Pour comparer avec la commune voisine de Guisseny en 1851, on trouve :

HommesNombre
Journalier37
Garçon de Journalier de 16 ans et +3
Mendiants11
Garçon de Mendiant de 16 ans et +3
Total54
FemmesNombre
Journalière1
Femme de Journalier28
Fille de Journalier de 16 ans et +5
Mendiante38
Fille de Mendiante de 16 ans et +7
Total79

En regroupant, sous un même terme de « travailleurs occasionnels sans terre », on arrive à :

HommesFemmesTotal
18515479113

Sur une population (hors enfants de moins de 16 ans) estimée à 2 000 personnes en 1851, ces « travailleurs occasionnels sans terre » représentent environ 6,5 %.
Sur une population globale de 3 181 personnes en 1851, ces « travailleurs occasionnels sans terre » représentent environ 4 %.

L’ouvrage « 1774 : Les recteurs léonards parlent de la misère » indique : « le nombre de mendiants par tête, domiciliés dans la paroisse de Guissény et trève, tant vieillards, infirmes qu’enfants est d’environ 100 (sur une population de 3.160 habitants) ».

Les « travailleurs occasionnels sans terre » par tranches d’âges en 1851

Bretagne, travailleur sans terre

Pour mieux appréhender cette population des « travailleurs occasionnels sans terre » sur Plouguerneau, ce paragraphe affiche les hommes puis les femmes par tranches d’âges :

HommesNombre%
< 30 ans4822%
De 30 à 59 ans15268%
60 ans et +2210%
Total222
FemmesNombre%
< 30 ans12422%
De 30 à 59 ans30454%
60 ans et +13424%
Total562

Les « travailleurs occasionnels sans terre » par secteurs en 1851

Ce paragraphe affiche les « travailleurs occasionnels sans terre » pour les 6 secteurs de la commune

Hommes :

SecteurNombrePopulation (*)Pourcentage
Armorique6942016,4%
Bourg132106,2%
Gorréploué353579,8%
Tréhénan303229,3%
Tréménac’h232708,5%
Trémeur5241112,7%
Grand Total2221 99062,9%

(*) : Population des Hommes du secteur de 16 ans et plus

Femmes :

SecteurNombrePopulation (*)Pourcentage
Armorique14145231,2%
Bourg7731324,6%
Gorréploué8833426,3%
Tréhénan8631927,0%
Tréménac’h7028025,0%
Trémeur10037626,6%
Grand Total5622 074160,7%

(*) : Population des Femmes du secteur de 16 ans et plus

Les « travailleurs occasionnels sans terre » par rue ou village en 1851

Cette 1ère partie affiche la rue ou le village le plus peuplé par secteurs

Hommes :

SecteurNomNombrePopulation*Pourcentage
ArmoriqueTréguestan4342010,2%
BourgRue Toul Batel7821037,1%
GorréplouéAnterren343579,5%
TréhénanPrad-Paol323229,9%
Tréménac’hKelerdut3027011,1%
TrémeurKergadavarn334118,0%

(*) : Population des Hommes du secteur de 16 ans et plus

Femmes :

SecteurNomNombrePopulation*Pourcentage
ArmoriqueTréguestan4945210,8%
BourgRue Toul Batel8231326,2%
GorréplouéAnterren3833411,4%
TréhénanPrad-Paol4031912,5%
TreménachKergoff3528012,5%
TrémeurKergadavarn373769,8%

(*) : Population des Femmes du secteur de 16 ans et plus

Cette 2ème partie affiche la rue ou le village ayant le plus grand nombre de « travailleurs occasionnels sans terre » par secteurs :

Hommes :

SecteurNomNombrePopulation*Pourcentage
ArmoriqueTréguestan154334,9%
BourgRue Toul Batel4785,1%
GorréplouéGrouannec Coz62128,6%
TréhénanPrad-Paol63218,8%
Tréménac’hKreach an Hamm52718,5%
TrémeurKergadavarn83324,2%

(*) : Population des Hommes du secteur de 16 ans et plus

Femmes :

SecteurNomNombrePopulation*Pourcentage
ArmoriqueTréguestan154334,9%
BourgRue Toul Batel4785,1%
GorréplouéGrouannec Coz62128,6%
TréhénanPrad-Paol63218,8%
Tréménac’hKreach an Hamm52718,5%
TrémeurKergadavarn83324,2%

(*) : Population des Femmes du secteur de 16 ans et plus

Le Recensement de 1846

Le recensement de 1846 est intéressant car il distingue les métiers de la « position sociale », c’est-à-dire que l’on peut retrouver, par exemple, un tailleur indigent ou un cultivateur mendiant.

Cela apporte, pour cette année 1846, une vue précise des « travailleurs occasionnels sans terre ».

Les chiffres

En 1846, la population est de 5 902 habitants et se décompose ainsi

HommesNombre%
Garçons186463%
Hommes mariés91631%
Veuf1636%
Total2943
FemmesNombre%
Filles180861%
Femmes mariées92431%
Veuves2278%
Total2959

Deux valeurs se retrouvent pour la « position sociale » : mendiant ou indigent. En incluant l’ensemble des « travailleurs occasionnels sans terre », cela donne :

Hommes :

Position SocialeNombre% / Population
Indigent1264,3%
Mendiant2458,3%
Journalier sans aucune indication1745,9%
Total54518,5%

Femmes :

Position SocialeNombre% / Population
Indigent1745,9%
Mendiant34511,7%
Journalier sans aucune indication551,9%
Total57419,4%

Les « travailleurs occasionnels sans terre » par tranches d’âges en 1846

HommesNombre%
< 30 ans25457,6%
De 30 à 59 ans13630,8%
60 ans et +5111,6%
Total441
FemmesNombre%
< 30 ans28649,8%
De 30 à 59 ans22238,7%
60 ans et +6611,5%
Total574

Les « travailleurs occasionnels sans terre » par métiers en 1846

Hommes :

MétierNombre
Garçon de Journalier120
Journalier111
Garçon de Mendiant52
Garçon de Autre38
Mendiant28
Garçon d’Indigent21
Garçon à la Ferme15
Cultivateur15
Indigent8
Tisserand7
Tailleur6
Forgeron4
Cordonnier4
Maçon3
Pêcheur2
Menuisier1
Tonnelier1
Cardeur1
Meunier Aide1
Tourneur1
Chiffonnier1
Creppier1
Total441

Femmes :

MétierNombre
Fille de Journalier90
Femme de Journalier84
Mendiante77
Fille de Autre67
Fille de Mendiante55
Journalière44
Indigente37
Femme au Foyer34
Fille à la Ferme31
Fille d’Indigente23
Femme à la Ferme11
Filandière9
Couturière7
Cultivatrice2
Femme de Pêcheur1
Tricoteuse1
Repasseuse1
Total574

Le Recensement de 1876

Lilia, Le Rheun

En 1876, la population est de 5 901 habitants et se décompose ainsi :

HommesNombre%
Garçons177660%
Hommes mariés96333%
Veuf1605%
Total2899
FemmesNombre%
Filles178660%
Femmes mariées97431%
Veuves2428%
Total3002

Pour les « travailleurs occasionnels sans terre », cela donne :

Hommes :

Position socialeNombre% / Population
Journalier1043,6%
Sans Profession220,8%
Garçon de Journalier de 16 ans et +451,6%
Total1715,9%

Femmes :

Position SocialeNombre% / Population
Sans Profession361,2%
Femme de Journalier802,7%
Journalière642,2%
Fille de Journalier de 16 ans et +351,2%
Fille de Sans Profession de 16 ans et +40,1%
Indigente10,0%
Total2207,4%

Sur une population (hors enfants de moins de 16 ans) d’environ 3 800 personnes, ces « travailleurs occasionnels sans terre » représentent environ 9,50 %.

Sur une population globale de 5 901 habitants, ces « travailleurs occasionnels sans terre » représentent environ 6,20 %.

Le nombre de goémoniers est de : 138 hommes, 46 garçons de + 16 ans, 122 femmes de goémonier, 19 goémonières et une estimation de 50 filles de goémonier de + de 16 ans. Cela représente une population de 375 personnes ( 9,90 % ).

Le nombre de domestiques est de : 96 hommes et 139 femmes. Cela représente une population de 235 personnes ( 6,20 % ).

Ce recensement donne une précision nouvelle « secouru par la charité » ( La nouveauté par rapport à 1851 est l’existence d’un Hospice ).

Population des « secouru par la charité » par métier :

Hommes :

Nombre
Sans Profession19
Goémonier9
Journalier7
Tisserand1
Charpentier1
Forgeron1
Maçon1
Total39

Femmes

Nombre
Sans Profession17
Fileuse6
Journalière5
Femme au Foyer1
Cultivatrice1
Total30

A l’hospice étaient présents : 17 hommes (dont 2 infirmes) et 9 femmes, soit 26 personnes sur un total de 69 secourues (environ 37%).

Une autre information intéressante sur ce recensement de 1876 est la mention « enfant naturel ».

On trouve 15 enfants naturels (5 garçons et 10 filles). La profession associée (mère, grand-père, grand-mère) peut être intéressante :

Nombre
Journalière4
Sans Profession3
Fileuse3
Goémonière2
Cultivatrice1
Fille de Forgeron1
Pas défini ( car Domestique à 14 ans )1
Total15

L’Assistance à Plouguerneau

Ce paragraphe regroupe différentes informations provenant de l’ouvrage « Mendiants et vagabonds en Bretagne au XIXe siècle » de Guy HAUDEBOURG.

Trois grands systèmes d’assistance publique existent au XIXème siècle. Le premier et le plus ancien est le système hospitalier ; si les deux types d’établissement, hôpitaux et hospices, tendent à être distingués au cours du XIXème siècle, ils ont en commun de s’adresser essentiellement à la même population pauvre et incapable de travailler, soit momentanément (blessés, malades, femmes en couches), soit pour une longue durée (enfants), voire définitivement (vieillards infirmes, aliénés).

Le second système est celui des bureaux de bienfaisance, créés sous la révolution française, dont le rôle est l’aide à domicile et permettant de moduler cette assistance en fonction de besoins conjoncturels ou structurels.

Enfin les ateliers de charité, pouvant d’ailleurs porter des noms très différents, qui concernent les indigents valides complètent cette organisation.

A ces systèmes d’assistance stricto-sensu s’ajoutent les dépôts de mendicité qui s’apparentent à la prison mais qui évoluent souvent vers l’établissement hospitalier.

Les hôpitaux et hospices

Les hôpitaux les plus près de Plouguerneau vers 1850 sont :

  • Landéda : 16 Lits
  • Lesneven : 66 Lits
  • Brest : 418 Lits

et vers 1900 :

  • Lannilis : 16 Lits
  • Landéda : 18 Lits
  • Lesneven : 59 Lits
  • Brest : 425 Lits

Un hospice est mis en place à partir des années 1860. La chapelle attenante, dédiée à Saint Joseph, est bénie en 1868. Il semble que l’hospice était administré par les filles du Saint-Esprit.

Plouguerneau, hospice, chapelle saint-Joseph

Les Bureaux de Bienfaisance

Il existait un bureau de bienfaisance à Plouguerneau en 1846.

59 bureaux de bienfaisance existaient dans le Finistère pour 287 communes ( 21 % ).

Ces bureaux de bienfaisance aidaient principalement les indigents à domicile ( fourniture de bois, fourniture de nourriture, …).

Ces bureaux de bienfaisance fonctionnaient avec des bénévoles désignés par la Mairie ou le Département.

Ils pouvaient employer un médecin.

En 1847, il y a eu environ 2 400 secourus pour le Finistère.

Cette même année 1847, le bureau de Plouguerneau assistait environ 2% de la population, soit environ 120 personnes.

Les Ateliers de Charité

Les autorités administratives sont unanimes : lors des crises, il faut procurer du travail aux indigents valides chez des employeurs privés ou en créant des ateliers de travail appelés ateliers de charité.

Le plus souvent c’est aux communes qu’il est demandé de mettre en place ces structures. Cette démarche est d’ailleurs logique puisque c’est au niveau de la commune que les questions de la mendicité et de l’assistance doivent être réglées car les autorités municipales sont les plus aptes sinon les seules à connaître les conditions réelles des individus.

Les travaux proposés sont principalement ceux de l’entretien des routes et des chemins vicinaux. Pour favoriser la mise en place de ces travaux, dans les périodes de crise, le gouvernement prend à sa charge une partie des dépenses, le tiers le plus souvent.

Les Dépôts de Mendicité

Selon les décrets du 26 Février 1793 et du 1er Octobre 1796 et jusqu’en 1863, toute personne qui voyage hors de son canton doit être munie d’un passeport à l’intérieur. Délivrée par l’autorité municipale du lieu de départ, cette pièce comporte les noms, prénoms, profession, lieu de naissance, domicile, destination ainsi qu’un signalement du détenteur. Ce passeport est à la fois une carte d’identité et un laissez-passer valable un an. Coûtant 2 francs (soit plusieurs jours de travail d’un journalier agricole par exemple), il est gratuit pour les indigents retournant dans leur commune d’origine. Le chemin utilisé pour joindre le lieu de départ au lieu d’arrivée doit être le plus direct possible.

Tout au long du XIXème siècle, la mendicité sous certaines conditions et le vagabondage dans tous les cas sont des délits réprimés par la loi. Gendarmes, agents de police et gardes champêtres contrôlent la population et ces déplacements.

Après arrestation, et en cas d’infraction, les mendiants ou vagabonds devaient être transférés dans des « dépôts de mendicité », expérience qui semble avoir du mal à s’imposer en Bretagne. En témoignent les échecs auxquels se sont heurtées les tentatives dans le Finistère. Manque d’argent, opposition des municipalités, aucun ne semble pouvoir remplir son rôle. Celui de Brest, à Poul ar Bachet, est ouvert en 1870. Ce dépôt de Poul-ar-Bachet « reçoit les mendiants condamnés du Finistère, les mendiants ayant au moins un an de séjour dans la commune, ceux des communes voisines ayant passé un traité pour l’admission de leurs mendiants ».

Le Bagne

Les mendiants ou vagabonds commettant des délits graves pouvaient se retrouver au bagne.

Une étude sur la population du bagne de Brest au XVIIIème siècle ( Thèse : « Le bagne et l’exclusion : mendiants et vagabonds au Bagne de Brest » de Bran LE LOUET – CRBC BREST ) sur environ 4 000 détenus donne 12 % de marginaux, et sur ces 12 % :

  • 60 % de vrais marginaux
  • 12 % de mendiants (environ 60 personnes)
  • 28 % mendiants – vagabonds (environ 150 personnes)

La condamnation moyenne pour cette population était de 5 ans.

Les causes des arrestations :

  • Atteintes aux personnes : insolences, injures-menaces, violences
  • Atteintes aux biens : filouteries et escroqueries diverses, vols
  • Atteintes aux mœurs ou à la religion : pervers et libertins, blasphémateurs et sacrilèges
Brest, le bagne

Le Recensement de 1901

En 1901, la population est de 5 618 habitants pour 3 442 personnes de plus de 16 ans.

Pour les « travailleurs occasionnels sans terre », cela donne :

Hommes :

Nombre
Journalier52
Sans Profession9
Garçon de Journalier de 16 ans et +3
Total64

Femmes :

Nombre
Femme de Journalier36
Journalière16
Fille de Journalier de 16 ans et +7
Sans Profession6
Total65

A cela s’ajoute 23 personnes à l’hospice.

Le nombre de goémoniers est de : 177 hommes, 41 garçons de + 16 ans, 118 femmes de goémonier, 20 goémonières et une estimation de 50 filles de goémonier de + de 16 ans. Cela représente une population de 406 personnes (11,80%).

Le nombre de domestiques est de : 96 hommes et 89 femmes. Cela représente une population de 185 personnes (5,40%).

Conclusion

En 1901, il semble que la mendicité ait pratiquement disparu. On ne retrouve plus de mention « Mendiant » ou « Indigent » dans le recensement de cette année 1901. Il reste 23 personnes à l’hospice, mais on ne dispose d’aucun renseignement sur ces personnes.

La pauvreté visible ( nos « travailleurs occasionnels sans terre ») d’un pic qui se situait dans les années 1850 à environ 20% des personnes de plus de 16 ans, en passant par environ 10 % en 1876, arrive à moins de 4 % en 1901.

Cette situation ne tient pas compte du niveau de vie des nouvelles populations, Goémoniers et Pêcheurs, qui semblent remplacer les Journaliers durant ces 50 ans.

Le niveau de vie des domestiques et des fermiers pauvres n’est pas non plus pris en compte.

La population a diminué en 50 ans en passant d’environ 6 200 personnes à environ 5 600 personnes ( perte d’environ 10 % ).

Plusieurs explications complémentaires, à cette relative diminution de la pauvreté, peuvent être évoquées :

  • Départ vers l’extérieur : vers Brest puis Paris à partir 1850 et principalement des populations les plus pauvres (meilleurs routes et droit de circulation supprimé à partir 1863)
  • Amélioration de l’agriculture et moins de problèmes de récoltes depuis 1855
  • Exploitation du Goémon ( installation d’usines à proximité ) et extension de la Pêche
  • Mise place de l’assistance et de services de soins ( Hospice )
  • Début de la scolarisation
Bretagne, mendiant

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