Juillet 1815 : une bataille navale au Corréjou

Juillet 1815 : une bataille navale au Corréjou

Que s’est-il passé le 17 juillet 1815 dans la petite rade du Corréjou ? Les recherches menées par le professeur Sanquer dans les années 1930 permettent de se pencher sur un épisode de la seconde restauration.

Au hasard de mes recherches de vieux papiers chez un bouquiniste brestois, j’ai fait l’acquisition d’un lot de coupures de presse et autres actes notariés. Dans la liasse se trouvait un petit cahier d’écolier dans lequelle le propriétaire avait collé des articles extraits de journaux de l’année 1934 concernant des fouilles réalisées à « Men-Lédan » à Kelerdut sur le terrain d’un M. Théréné par les archéologues Romain-Desfossés et de Poulpiquet. Mais surtout, des courriers et des notes étaient glissés à l’intérieur du cahier avec notamment deux lettres manuscrites signées de ce même Romain-Desfossés à l’attention de M. Sanquer de Plouguerneau.

 

 

L’archéologue y décrit, avec précision, dans son premier courrier, un événement survenu en juillet 1815 au Corréjou, au cours duquel deux vaisseaux arborant les couleurs tricolores ont dû ramener leurs couleurs après avoir échangé quelques coups de canons avec trois vaisseaux anglais embossés entre Saint-Michel et Carrec Crom et se trouvant ensuite sous le feu des batteries reprises par un gros détachement anglais.

Dans son second courrier daté de 1934, Romain-Desfossés répond apparemment à un courrier de M. Sanquer à propos du capitaine Fournier qui commandait le cotre « Le Printemps » appelé familièrement « Tonton Fournier » par l’auteur du courrier.

La lecture globale de la lettre indique que Julien Fournier, tué lors de la bataille, était en parenté avec Romain-Desfossés, lui-même descendant d’une grande famille d’officiers de marine.

« Je n’ai jamais eu le temps de m’arrêter à Julien Fournier dans mes recherches biographiques familiales truffées de ces illustres lascars d’eau salée de la Révolution et de l’Empire. Mais je crois que Julien était frère ou cousin germain de mon aïeul Jean-Pierre Fournier du Bucentaure de Trafalgar » indique-t-il.

La reddition du « Printemps » et de la canonnière « 21 »

Pour bien comprendre les enjeux de la petite bataille que se sont livrés les Français et les Anglais au Correjou le 17 juillet 1815, il faut revenir un an auparavant, en avril 1814, date à laquelle la marine avait été confrontée à de délicats cas de conscience lors du retour des Bourbons au pouvoir.

 

 

Quelle attitude devaient observer les officiers de bâtiments isolés sur toutes les mers du monde en l’absence d’ordres précis de leurs états-majors ? Pouvaient-ils accepter d’amener ces couleurs sous lesquelles ils avaient combattu depuis des décennies ? Et qui fallait-il écouter dans une période aussi troublée ?

La situation dans laquelle se trouvaient le 17 juillet 1815 le Capitaine Julien Alexandre Fournier, commandant le cotre de 12 canons « Le Printemps » et le Capitaine Gouët commandant de la canonnière 21 était toujours de même nature. Ils encadraient une petite flottille de caboteurs de la Manche et avaient décidé de mouiller dans la baie du Corréjou. Julien Fournier avait pu très vite constater que le drapeau blanc de la monarchie flottait déjà sur le clocher de Plouguerneau. Et les autorités civiles s’étaient très vite transportées au Corréjou pour leur intimer l’ordre de se plier à leurs injonctions.

C’était mal connaître Fournier et Gouët qui n’entendaient pas amener leurs couleurs si facilement et en tous cas sans ordres formels de leur hiérarchie. Déjà se profilaient les représailles des bricks et goélettes anglais « Mouche », « Furet » et « Léa Larle » qui croisaient au large et qui s’apprêtaient à prendre position entre Saint-Michel et Carrec Crom. Par mesure de précaution, les canonniers furent mis à terre pour armer les deux batteries qui devaient protéger le mouillage.

 

 

Une logique de bataille était enclenchée. « Le 19 juillet au matin, se sentant (d’autant plus) en force (qu’ils escomptèrent l’inertie des indigènes, voire même une certaine complaisance suscitée par la perspective de ramasser quelques reliefs de cette bagarre), les Anglais débarquèrent à la côte un fort détachement qui, après un court combat de mousqueterie prit d’assaut l’une de ces batteries dont le feu fut dirigé sur le « Printemps » et la « 21 » » indique dans ses notes René Sanquer.

Pris entre les tirs de la batterie, de ceux des trois navires anglais et bloqués par les hauts fonds de l’anse du Corréjou, les Français étaient dans une situation désespérée. Lors de la courte bataille, Julien Fournier a été tué à son poste de commandement. Son acte de décès est enregistré à l’Etat-Civil de Lannilis (1).

Ainsi s’achevait la petite bataille du Corréjou au cours de laquelle un, voire plusieurs marins français (2) ont perdu la vie pour défendre leur pavillon tricolore.

(1) 19/07/1815. Bourg de Lannilis Décès de Julien Alexandre Fournier âgé de 31 ans, fils de Anselme et de Catherine Narzou, époux de Adélaïde Micoin (x Ile De France) Témoins : Jean Baptiste Joachin Piedoy, Beau-frère.

(2) Les notes de MM. Sanquer et Romain-Desfossés, indiquent qu’il est possible qu’il y ait eu trois autres victimes de cet événement. Cependant la consultation de l’Etat-Civil de Plouguerneau, Lannilis et Landéda ne confirme pas cette hypothèse.

Norbert L’Hostis – Version 1 : 14 Mars 2014