L’église paroissiale de Plouguerneau, placée sous le double patronage des apôtres Pierre et Paul, est un des monuments remarquable du Pays des Abers. Élevée au milieu du XIXe siècle sur les plans de l’architecte diocésain Joseph Bigot, elle abrite un mobilier d’une exceptionnelle richesse, témoignage vivant de la piété et de l’histoire de la commune.
Construite entre 1852 et 1855 pour remplacer un édifice antérieur détruit par un ouragan, elle conserve de ce dernier son majestueux clocher de 1701, qui dialogue avec la sobre élégance néo-romane de la nef.
Histoire
Les origines chrétiennes de Plouguerneau remontent au haut Moyen Âge. Selon la tradition, c’est au VIe siècle que saint Jaoua, neveu et successeur de saint Pol Aurélien sur le siège épiscopal du Léon, confie en 553 la charge de la paroisse à son ami Kenan. Ce récit fondateur, aux contours légendaires, ancre la communauté paroissiale dans les premières heures du christianisme breton.
Les premiers documents écrits mentionnant une liste de recteurs et l’existence d’un édifice religieux remontent au XVe siècle. À la fin du XVIIe siècle, une nouvelle église est construite. Du clocher de cet édifice, daté de 1701 par une pierre gravée et bâti par les maçons Christophe Kerandel, père et fils, et François Gourves, il ne reste plus aujourd’hui que la tour, précieux témoin d’un passé disparu.
Au milieu du XIXe siècle, l’église ancienne, devenue délabrée, ne peut plus accueillir dignement la communauté. En 1850, l’architecte diocésain Joseph Bigot est retenu pour concevoir un édifice neuf, plus grand et mieux adapté. Les travaux sont confiés à l’entrepreneur Napoléon Ollivier et se déroulent de 1847 à 1855. L’église est consacrée par Mgr Graveran, évêque de Quimper et de Léon, le 20 septembre 1853, bien que certaines sources situent la consécration définitive au 19 juillet 1855.
Architecture
L’édifice, de plan en croix latine à trois vaisseaux, s’inscrit dans le style néo-roman caractéristique des constructions religieuses du XIXe siècle en Bretagne. Le gros œuvre est en moellon et moellon équarri de granit, enduit de ciment, à l’exception des encadrements de baies et des chaînages d’angle en pierre de taille.

L’intérieur, plus vaste que l’ancien édifice, frappe par sa monumentalité. Neuf arcades à plein cintre, reposant sur les chapiteaux des colonnes, séparent la nef des bas-côtés. Deux chapelles latérales à trois travées forment un faux-transept. Toutes les fenêtres sont pleinement cintrées, à l’exception des trois du chevet qui adoptent une ogive, créant une belle transition stylistique.
Le clocher (1701)
Seul vestige de l’église du XVIIe siècle, le clocher à deux galeries et deux étages de cloches est amorti d’une flèche ajourée octogonale ornée de crossettes et encadrée de quatre pinacles à sa base.
La nef
Nef obscure à neuf travées, avec arcades plein cintre. Le lambris peint figure des étoiles sur fond bleu ; les voussures sont peintes en rouge, jaune et vert. Le massif occidental porte une tribune.
Le chevet
Chevet à pans coupés flanqué de deux sacristies — l’une hors-œuvre au nord, de plan rectangulaire, l’autre dans-œuvre au sud. Les trois fenêtres du chevet adoptent une forme ogivale.
Le porche
Porche sud hors-œuvre. Le sol de l’ensemble est couvert de dalles de granite. L’enduit intérieur, de teinte crème, est décoré de motifs géométriques.
Mobilier et œuvres remarquables
L’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul renferme un mobilier d’une rare richesse, dont plusieurs pièces sont inscrites ou classées au titre des Monuments Historiques.
La Mise au Tombeau (1768) [Classé MH]

Chef-d’œuvre en bois de chêne polychrome commandé en 1768 pour la chapelle Saint-Quénan, cette Mise au Tombeau est composée de huit personnages : le Christ, la Vierge, Sainte-Marie-Madeleine, Sainte-Marthe, Saint-Jean, Sainte-Véronique, Saint-Joseph d’Arimathie et Saint-Nicodème. Réalisée d’après le modèle du Saint-Sépulcre de Saint-Thégonnec, restaurée en 1997, elle est considérée comme l’une des grandes œuvres de ce type en Bretagne et en Europe. Après avoir séjourné dans plusieurs chapelles de la commune, elle a rejoint l’église paroissiale.
La croix de procession du XVe siècle [Classé MH]
Considérée comme la plus ancienne croix de procession du diocèse, cette pièce d’orfèvrerie témoigne de la continuité de la vie liturgique à Plouguerneau depuis le bas Moyen Âge.
Le maître-autel et le chœur néo-gothique
Le maître-autel comporte un coffre en bois très ouvragé représentant le repas du Christ avec les disciples d’Emmaüs, entouré des Douze Apôtres. Sur la chaire transformée en ambon, on distingue les statues des quatre évangélistes avec leurs attributs, ainsi que celles de saint Pierre et saint Paul. L’ensemble constitue avec le tabernacle, les stalles et la balustrade un très beau chœur néo-gothique.
Les Petits Saints

Une quarantaine de petites statuettes, réalisées au fil des siècles en bois polychrome, sont encore portées en procession dans la commune. Elles sont particulièrement visibles lors du pardon paroissial le dernier dimanche de juin, du pardon de Saint-Michel fin septembre, et surtout lors de l’Assomption du 15 août, jour de la grande marche entre l’église du Grouaneg et la chapelle Saint-Michel. Leur tradition remonterait à 1640, après que la population eut été épargnée par la peste à la suite d’un vœu solennel.
Les vitraux
Le vitrail central du chevet, seul vestige des verrières du XIXe siècle, représente le Christ avec ses deux saints patrons : Saint-Pierre recevant les clefs à Sa droite, Saint-Paul appuyé sur une épée à Sa gauche.



Quatre vitraux sont de l’artiste Pierre Toulhoat : ceux représentant Dom Michel le Nobletz, Sainte-Jeanne d’Arc, Sainte-Thérèse de Lisieux, et l’enfance de Jésus près des fonts baptismaux.




Les bannières et retables du XVIIe siècle
De l’ancienne église du XVIIe siècle subsistent deux bannières d’apparat, façonnées de fils de soie et de lamés or et argent, ainsi que deux retables, dont le remarquable retable du Rosaire. La bannière de saint Pierre porte au revers une scène de la Crucifixion.



La pierre tombale de Mgr de Poulpiquet (1885)
Cette pierre commémore Mgr Jean-Dominique de Poulpiquet de Brescanvel (1759–1840), recteur de Plouguerneau avant et après la Révolution, puis évêque de Quimper et Léon de 1823 à sa mort. Elle constitue un témoignage émouvant des liens entre la paroisse et son histoire nationale.

