Les fontaines de dévotion

D’après le livre de Pierre Abjean « Plouguerneau – Histoire » 1987

Aod-ar-Feunteun ou Aotig-ar-Feunteun

Il existe à Tréménac’h (aujourd’hui Saint-Michel) une fontaine qui elle aussi a été un lieu de dévotions. Elle se situe dans la grève appelée Aotig-ar-Feunteun (la petite grève de la fontaine).

Ce bassin de forme pentagonale, assez irrégulier, creusé sur le plat d’un rocher encadré de roches plus élevées, date probablement du premier âge du fer et peut-être de l’âge du bronze final. À ces époques, le niveau de la mer était beaucoup plus bas d’une dizaine de mètres.

Cette fontaine était creusée dans la terre jusqu’à la roche, c’est la transgression marine depuis l’an -1000 jusqu’à l’an + 700, qui a érodé la falaise qui bordait les terrains qui couvraient ce qui est aujourd’hui Aod-ar-Feunteun. Les habitants du quartier de Tréménac’h appellent aujourd’hui cet endroit Korn-an-Anduilh, c’est-à-dire coin de l’andouille, parce qu’ils ont perdu la définition réelle qui est : Korn-an-Andon, le coin de la fontaine ou de la source.

Cette appellation s’est maintenue grâce à une ritournelle assez bizarre, toujours vivace chez les personnes d’un certain âge.

Eus korn an anduilh, Ma z’out beo, Deus ac’hano. (du coin de l’andouille, si tu est vivant, viens de là) A bouez da vleo ma z’out maro, Deus ac’hano, A bouez da varo. (à la force de tes cheveux, si tu es mort, viens de là, à la force de la barbe).

Les dimensions du bassin sont à la base de 55 cm, sur les côtés égaux de 50 cm et les deux sommets formant angle obtus de 35 cm de longueur chacun, la profondeur va de 30 cm à 40 cm au centre d’où sourd un mince filet d’eau douce.

Néanmoins, pour pouvoir en boire, il faut absolument vider le bassin, enlever le goémon qui s’est accroché aux parois, attendre un moment et puiser une eau peut-être au goût de saumure.

On y venait tremper la chemise des enfants malades, il y a encore une cinquantaine d’années.

Fontaine de Saint-Jean à Chapel Christ

Fontaine du XVIè siècle, à proximité immédiate du calvaire.

La coutume dit que, le jour de la Saint Jean, la jeune fille qui se présente la première à la fontaine et habille la statue de la Vierge nichée dans la fontaine trouvera un mari dans l’année.

Feunteun-ar-Gwelleat (La fontaine du Mieux-Être) à Kerdidreun

Dans le village de Kerdidreun est une fontaine connu sous le nom de feunteun ar Gwelleat (fontaine de la guérison). L’édifice se situe à environ 300 mètres de la chapelle du Grouanec, au bord de la route qui mène à Kerdidreun. Ce lieux oraculaire permettait, sans intervention divine, de connaître l’état futur d’un enfant malade. En effet, la croyance voulait qu’en y plongeant une chemise, si le col surnageait il s’agissait d’un signe évident de guérison proche !


Il ne s’agit pas de la seule vertu que l’on prête à cette fontaine. En effet il est dit que l’eau ferait disparaître les verrues…
Un massif en belle maçonnerie forme le corps de la fontaine. ce massif est surmonté d’une forte moulure, laquelle est couronnée d’un motif à grosses volutes. Entre ces volutes, on à dû placer, par la suite les restes d’un calvaire gothique lequel est d’ailleurs tronqué. Le Christ et d’autres fragments gisent maintenant près de la fontaine. A la base du massif, à hauteur d’appui court une forte tablette en grande partie ruinée. Dans la niche, au centre, se trouve une statue très fruste de N.-D. de la Clarté. Sur le flanc gauche du massif, dans un rectangle, cette inscription :

MFBO
NICP
1604

Henri Pérennès – Plouguerneau, une paroisse entre Manche et Océan -p.62 – 1941

La fontaine de Keroudern

La statue présentant Sant Eozen et symbolisant la richesse avec un noble arborant les armes de la famille Le Nobletz et la pauvreté avec une figure de Dom Michel Le Nobletz, est l’oeuvre de Jean-Michel Appriou. La statue est actuellement posé sur l’autel de la chapelle Saint-Claude. 

La fontaine du Grouaneg

La fontaine de pèlerinage située dans l’enclos près de l’ossuaire, avec une Vierge à l’enfant dont la tête est cassée, est couverte d’un toit en bâtière, constitué de belles pierres de taille. Mais cette fontaine n’a pas de vertus spécifiques.

La fontaine de Kerily

La fontaine de Saint-Yves au village de Kerily, près de la chapelle Saint-Goulven, à 3 kilomètres au sud-est du bourg.

Elle consistait en une cavité cylindrique de 0,70 m à 0,80 m environ de diamètre, profond de 0,90 à 1 m, remplie d’eau, qui en débordant, allait ainsi à 2 m de là remplir un lavoir qui ne servait plus depuis l’installation de l’eau courante dans la commune.

L’eau continuait son chemin et après le lavoir, pénétrait un terrain où ajoncs et genêts croissaient d’une façon rabougrie sur un terrain très spongieux. Les bêtes venaient s’abreuver à cette réserve d’eau, et pour éviter qu’un mouvement imprévu ne soit la cause d’un accident, elle a été comblée par des cailloux propres sur une profondeur de 0,60 m à 0,70 m.

L’eau qui s’échappait après la traversée du lavoir, arrosait donc un terrain où aucune machine agricole ne pouvait s’aventurer dans la crainte d’enlisement.

Hypothèse sur le nom de Saint-Yves donné à cette fontaine

Vous n’ignorez pas que Yves est appelé en breton Youen dans le pays bigouden, Yeun dans le bassin de Châteaulin et les Montagnes Noires et celles d’Arrée, Eozen et surtout Yon dans le Léon, Erwan dans son pays natal, le Tréguier. On sait aussi que yeun comme yun et yon est le nom, qui en plus de gwern signifie marécage.

Le ruisseau, ou conduit d’eau, comme la gouttière, est traduit dans notre langue par le mot san, pluriel saniou. Yon, le ruisseau du marécage, qu’on a vite fait de transformer en sant Yon, en français saint Yves, donné comme patron des avocats et de la Bretagne.

La fontaine du Naount

La fontaine abrite la statue de Saint-Gouesnou.

Les trois sources de Prad Paol

Signalons sur la commune la fontaine du Pré-de-Pol (feunteun Prad Paol), au hameau du même nom, près d’une chapelle, d’une croix et de la ria de l’Aberwrac’h, à 4 km du bourg, à proximité du pont Saint-Pol. L’eau proviendrait d’un point d’émergence situé sous le maître-autel (actuellement invisible).

Elle ressort ensuite dans un bassin carré (auquel on accède par une descente). Une autre résurgence se trouve à l’entrée de l’enclos, à côté d’une stèle en pyramide tronquée. Selon la tradition, ces trois sources sont nées de la tête d’un dragon, que Pol coupa et qui rebondit par trois fois sur le sol. Le pèlerinage avait lieu le 12 mars (St-Pol), pour l’Ascension et Pentecôte (à ces dernières, à la suite d’un vœu datant du XVII° siècle). (Pierre Audin – Pierre Abjean)

Fontaine de Sainte-Cleric (Sainte Claire ?)

La fontaine se trouve sur un terrain privé le long du chemin qui descend de Chapel Christ vers le Vougot.

Fontaine de Saint-Laurent et Saint-Étienne

La fontaine abrite la statue en bois de Notre Dame de Pitié lors des fêtes religieuses.

La fontaine du Traon

Abritait la statue de Saint-Guénolé, aujourd’hui une statue de Notre-Dame.

La source de Kastell ar Rann et sa croix archaique

Il ne s’agit pas réellement d’une fontaine de dévotion comme les précédentes, mais la présence d’une croix ancienne témoigne du lien important entre l’eau et la religion.

La fontaine en 2026, avec la croix sur le talus qui la surplombe

Voici ce qu’en disait Pierre Abjean dans son histoire de Plouguerneau (1987) :

Dans un site agreste, encore peu touché par nos agressions modernes (pour peu de temps sans doute) en bordure d’une petite route carrossable, et juchée sur un cube grossier de maçonnerie creuse, abritant une source vive, se présente la croix archaïque de Castel-ar-Ran.

Cette croix très ancienne, sans fût, courte, en granite à gros grain du pays, de facture très fruste, desquamée par l’érosion naturelle des éléments, d’une simplicité toute rustique des premiers temps du christianisme naissant dans notre Plouguerneau, se trouvait lors de son érection, il y a plus de mille quatre cents ans, sur le sommet du talus qui jouxte la fontaine.

Cette croix est donc un témoin des débuts de l’évangélisation de Vickernev qui deviendra plus tard Plouguerneau ; c’est probablement vers le début du VII° siècle ou la 2e moitié du VI° siècle, qu’un de ces pèlerins pour « l’amour de Dieu », un de ces nombreux moines, rudes missionnaires d’Irlande ou du Pays de Galles, embarqué dans un « curragh » (1) sans rames, au gré des vents et des courants, plein d’une ardente charité et prêt à affronter les sorciers comme les courroux de l’océan, et à déranger sans vergogne l’ordonnance des cérémonies païennes, s’arrêtait là où Dieu le conduisait.

Il y découvrait une population encore très attachée à des croyances et des rites ancestraux, profondément enracinés depuis un temps immémorial, une population clairsemée le plus souvent, qui devait manquer de chefs religieux et sociaux. C’est l’un de ces moines parmi beaucoup d’autres qui, après son travail missionnaire, harassé de fatigue, se retirait de temps à autre dans un ermitage tout proche de son champ d’apostolat, un endroit isolé au pied d’un rocher, et non loin du bord de la falaise, près d’un promontoire où se pratiquait encore en ces temps-là, à son arrivée, tous les ans, à l’époque du solstice d’été, une cérémonie célébrant l’ascension extrême du soleil. Puis ce moine rude reprenait sa tâche.

Sa charité, sa simplicité, sa culture aussi, malgré sa rudesse pour lui-même, lui évitait de heurter cette population qu’il venait évangéliser.

La croix du Christ que son zèle missionnaire lui intimait de planter dans notre sol, il l’érigea donc au plus haut du talus en surplomb de la source qui, à cette époque lointaine, n’avait pas de couverture, construite bien plus tard, lorsque la population, devenue plus dense, dut aménager les points d’eau existants et en rechercher d’autres.

La construction actuelle, sans caractère, sans art, avait avant 1951 son ouverture exposée au midi ; pour garder sa fraîcheur à l’eau de la source, surtout pendant les heures chaudes des journées d’été. Les usagers des hameaux d’alentour : Castel-ar-Ran, Kergréis, Goarivan, Mesmeuleugan, Kéralan, Poulmic, et sans doute aussi Kergasquen décidèrent d’en modifier l’orientation. Une inscription gravée dans le ciment de scellement de la croix sur la table de couverture de la source, avec les initiales de l’artisan P.L. indique la date de ces travaux : 1951. Que signifie donc l’érection d’une croix au-dessus d’une source, de cette source ? Vers l’est, à deux cents pas de distance de ce lieu se situe le menhir dit de « Goarivan », monolithe de granite de 3,50 m de haut environ, isolé à l’extrémité nord d’un champ, tout près du hameau. Son importance n’est pas dans ses dimensions qui sont moyennes, (il en est quelques menhirs en Bretagne qui avoisinent et même dépassent les neuf mètres), mais dans l’emplacement qu’il occupe dans l’espace plouguernéen.

Il se trouve entre la source et le lever du soleil le 21 juin.

L’alignement source-menhir-lever du soleil le 21 juin est régulier à l’azimut 54° environ, ce qui permet de supposer que le matin de ce jour, les habitants du secteur venaient, sur le terre-plein devant la source, célébrer cet événement.

En plaçant la croix de pierre au-dessus de la source dans l’axe de ce lever, source probablement dédiée à une divinité païenne, le moine missionnaire, sans toucher à la source, faisait donc converger les regards de l’assistance, sans heurter ses sentiments, vers le signe du christianisme.

Et c’est pourquoi l’enlèvement de la croix de son emplacement primitif et probablement plus que millénaire, son scellement sur le toit de la source, s’ils ont l’excuse d’une très louable intention et d’un vif sentiment religieux de dégager ce symbole de la foi du roncier inextricable qui le dissimulait aux yeux des passants, sont une erreur devant l’Histoire, c’est une page effacée, gommée des archives de notre sol.

NB: La croix a retrouvée sa place sur le talus au dessus de la fontaine.


Le culte des eaux en Bretagne

De tout temps, l’homme a prêté un pouvoir magique aux eaux sortant de la terre nourricière, eaux en relation avec les morts, avec les forces qui font naître et croître la végétation, mais aussi avec le ciel, dont les nuages amènent la pluie fécondante, et dont le soleil fournit la chaleur bienfaisante. La source appartient d’abord aux religions primitives, pour lesquelles le divin, immanent, anime la nature, ses sommets, ses bois, ses roches et ses eaux. Lorsque des religions plus évoluées apparurent, le respect inspiré par les grandes forces physiques, eau, soleil, terre, était tel que ces croyances primitives, au lieu de disparaître, furent incorporées aux nouveaux panthéons, mais à un rang inférieur. Aussi, avant l’arrivée des premiers missionnaires chrétiens, personne ne se préoccupa de lutter contre la dévotion envers les fontaines, bien au contraire.

La connexion des sources avec le soleil, très fréquente à l’époque préhistorique, n’apparaît pas, dans le Finistère, aussi nettement que dans d’autres départements où, le jour du solstice d’été (21 juin) voit, autour des points d’eau sacrés, se dérouler de nombreuses cérémonies. À peine peut-on évoquer quelques pardons, coïncidant comme à Saint-Jean-du-Doigt ou à Saint-Vougay, avec le solstice d’été. À Plouégat-Guérand, la fontaine de la Mort était fréquentée le 1er mai, jour de la grande fête celtique de Beltène, consacrée au dieu Bel (en Gaule, Belenos-Apollon), très lié au soleil. La tradition du feu de joie, le tantad, allumé jadis dans toute la Bretagne, le 21 juin surtout, procède du même ordre d’idées. Il en subsistait récemment encore à Plounéour-Ménez, à Saint-Jean-du-Doigt, où le feu était allumé par l’intermédiaire d’un ange de bois glissant le long d’un câble tendu entre le clocher et le bûcher. Le rôle du soleil apparaît également, bien que moins nettement, à Collorec, à Gouesnou et à Plouégat-Moysan, où l’eau n’était efficace qu’avant le lever du soleil.

La liaison des sources saintes avec les pierres et les arbres, que l’on peut également faire remonter à l’époque préhistorique, est un peu plus nette.

Pierre Audin – Guide des fontaines guérisseuses du Finistère – Paris 1983